PIC. 29. MANTEGNA
Fragment du Triomphe de Jules Ccsar.
uns, comme Mocetto , Jacopo Francia , Nicolctto de Modène et Jacopo de Barbari, connu sous le nom de Maître au caducée, tout en mettant à profit ses exemples , ne poussèrent pas pour cela l'abnégation jusqu'au sa-
crifice de leur goût et de leur sentiment particuliers; les autres, comme Zoan Andréa et Giovanni Antonio da Brescia, dont les œuvres ont été quelquefois confondues avec celles de Mantegna lui-même, s'appliquèrent non seulement à s'approprier sa manière, mais à copier de point en point ses gravures, à les contrefaire trait pour trait.
Si décisive pourtant qu'elle ait pu être, l'influence exercée par Mantegna sur les graveurs italiens du xve siècle ou des premières années du xvie, ne semble guère avoir dépassé les limites de la Lombardie, de la Vénétie et des petits Etats environnants. Ce n'est ni à Florence ni à Rome que les exemples venus de Padoue éveillent principalement l'esprit d'imitation. Les travaux qu'ils suscitent appartiennent presque tous à des artistes formés sous les yeux mêmes du maître ou à proximité de ses enseignements. Soit qu'il s'agisse de purs copistes ou d'imitateurs plus ou moins habiles, soit que la manière du chef de l'école ne reparaisse dans les œuvres des disciples qu'assez notablement modifiée, c'est à Vérone, à Venise, à Modène,à Bologne qu'on voit se continuer avec le plus de précision le mouvement imprimé à l'art par Mantegna. Certains progrès, il est vrai, se manifestent, certains perfectionnements s'introduisent dans l'emploi ou dans la combinaison des moyens, à mesure que les graveurs, enhardis par l'expérience, tendent à concilier avec les doctrines qui leur ont été transmises quelque chose de leurs inspirations ou de leurs ambitions personnelles; mais, malgré ces divergences partielles, l'ensemble des œuvres révèle bien l'origine commune et ne laisse pas
PREMIERS ESSAIS DE GRAVURE EN CREUX. 8j
de rendre assez imprudents les efforts tente's quelquefois pour décomposer en petits groupes isolés les uns des
r ce JO. — MOCITTO.
Baccbus.
autres, pour subdiviser à L'infini ce qui, en réalité, forme un tout homogène, une véritable école.
Le même caractère d'unité se retrouve et pré-
domine dans toutes les œuvres des graveurs allemands appartenant à la seconde moitié du xve siècle. Certes, au point de vue des intentions et du style, la différence est grande entre les estampes italiennes primitives et celles qui marquent les débuts de Part dans les villes de la haute et de la basse Allemagne ; mais, ici comme là, certaines traditions une fois fondées subsistent presque immuables pendant quelque temps, certains procédés d'exécution ne se modifient qu'à la condition de ne rien trahir de la fidélité à la méthode prescrite , aux principes consacrés dès les premiers jours. A peine le maître de 1466 et, un peu après lui, Martin Schongauer viennent-ils de se révéler, que leurs exemples sont suivis et leurs enseignements docilement pratiqués par des disciples plus nombreux encore que ne Pavaient été oU que ne devaient l'être en Italie, vers la même époque, les graveurs contemporains de Finiguerra ou de Mantegna. L'action exercée par celui-ci a au moins son équivalent dans Pascendant pris de son côté par Martin Schongauer sur les artistes qui Pentourent, et, quant au maître de 1466, le rôle d'initiateur qui lui appartient a presque la même importance dans l'histoire de la gravure allemande que celui de l'orfèvre florentin dans celle de la gravure italienne.
Le maître de 1466, en effet, peut être regardé comme le Finiguerra de l'Allemagne, puisque, le premier dans son pays, il a élevé à la dignité d'un art ce qui n'avait été avant lui qu'un procédé industriel manié par des ouvriers sans talent. Comme la gravure en bois, la gravure en creux telle que nous la montrent les estampes allemandes antérieures de quelques années aux œuvres
du maître de 1466, la gravure en creux n'avait re'ussi encore à répandre dans les villes sur les bords du Rhin
VIC. Jl. — UATTllTA DEL t- iJ A T Q DIT LE MAITRE A l'OUEA U. Saint Sébastien.
que les produits d'une imagerie grossière, où l'inexpérience technique est aussi évidente que l'extrême pauvreté
des intentions. Quelques tentatives que Ton ait faites assez récemment pour en exagérer la valeur, ces curiosités archéologiques ne sauraient donc avoir leur place
légitime parmi les œuvres de Part, et Ton peut sans déni de justice en tenir d'autant moins de compte que les progrès accomplis du jour au lendemain par le maître de 1466 en font mieux ressortir l'indigence et les condamnent plus décidément.
Si l'artiste anonyme qu'on appelle le maître de 1466 est le véritable fondateur de l'école allemande de gravure, si même, — à ne considérer, bien entendu, ses xuvres qu'au point de vue de l'exécution matérielle et du bon emploi de l'outil , — il se montre plus habile qu'aucun des graveurs italiens de l'époque, suit-il de là que son talent le place aussi sûrement que la chronologie avant tous les autres graveurs du même siècle et du même pays? Un de ceux-ci, Martin Schongauer, dit aussi « le beau Martin » ou, par abréviation, Martin