FI G. 2. LA SAINTE VIERGE ET L'ENFANT JÉSUS
Gravure en bois allemande (xv* siècle).
LES COMMENCEMENTS
les traditions et les formules gothiques transmises par leurs devanciers, l'école de Bruges renouvelait ou plutôt constituait Part national. Dès le commencement du
fio. |« — sainte véiom^v K.
Gravure en bois allemande (xr* siècle).
xv* siècle, la re'volution était accomplie dans cette école qu'honoraient alors les Van Eyck, que Memling allait achever d'illustrer. Quelques années encore, et l'Allemagne, il est vrai, pourra se glorifier d'un succès à peu
près pareil; mais le mouvement ne se détermine qu'après la seconde moitié du siècle. Tout reste inerte jusque-là, tout accuse line méthode et des doctrines indigentes. Si l'on juge, par exemple, de Part allemand à cette époque sur des œuvres comme le Saint Christophe gravé en 1423, nul doute que de tels spécimens rapprochés des productions de l'école flamande contemporaine ne démontrent à première vue la supériorité de celle-ci. Quoi de plus naturel dès lors que là où l'habileté des peintres, des orfèvres, de tous les artistes, l'emportait si évidemment sur le mince savoir-faire des hommes nés dans un pays voisin, les graveurs, eux aussi, aient devancé les progrès qui devaient s'accomplir ailleurs et qu'ils aient pris rang les premiers dans l'histoire de Part ?
Les preuves manquent, dira-t-on : soit, nous ne les chercherons ni dans la Vierge gravée en bois appartenant à la Bibliothèque de Bruxelles et portant le millésime 141 8, puisque l'authenticité de cette date, sans équivoque pourtant à nos yeux, a été contestée, ni dans quelques pièces anonymes qu'il semblerait assez juste de restituer à la vieille école des Pays-Bas1. Jusqu'à
r.Tel est du moins le parti qu'on pourrait être tenté de prendre en ce qui concerne la Bible des pauvres, livre à figures xylographiques dont les origines ont été diversement appréciées et que nous inclinerions à croire antérieur même à la première édition du Spéculum. Suivant sa coutume, Heineken réclame pour l'Allemagne l'honneur d'avoir produit ce précieux recueil qu'Ottley, avec plus de raison à ce qu'il semble, regarde comme l'œuvre d'un artiste des Pays-Bas qui aurait travaillé vers l'an 1420. L'Allemagne serait en droit de revendiquer seulement les planches ajoutées dans les éditions allemandes que l'on publia quarante ans plus
PIC. 4. — SAINT JEAR.
Gravure en bois flamande (xv* siècle )•
présent, je le veux bien, l'Allemagne est seule en mesure de produire un titre au-dessus du soupçon. Avec son imposante date de 1423, ses droits consacrés et sa renommée officielle, le Saint Christophe, aujourd'hui dans la bibliothèque de lord Spencer, garde des privilèges devant lesquels il n'y a qu'à s'incliner. Suit-il de là que les gravures en bois du Spéculum, de la Bible des pauvres, de VArs moriendi, ou telles autres pièces non datées soient nécessairement plus récentes, et parce qu'une estampe allemande pourvue de son millésime a survécu, faut-il en conclure que rien ne s'était produit en dehors de l'Allemagne à cette date ? Ne faut-il pas reconnaître surtout que les planches du Spéculum semblent presque des prodiges de science pittoresque et d'habileté auprès du Saint Christophe ; que l'artiste qui les a exécutées avait dû s'exercer de longue main à bonne école ; qu'en un mot, un art ne débute pas ainsi et que, à supposer même que ces pièces n'aient paru qu'après l'estampe allemande, un certain temps s'était écoulé sans doute durant lequel les progrès qu'elles résument avaient été préparés et poursuivis?
On peut donc raisonnablement penser que dès les premières années du xve siècle les graveurs des Pays- Bas commencèrent, sous l'influence des Van Eyck, à s'initier aux conditions de l'art et que, comme les imprimeurs leurs compatriotes, ils tracèrent la route que d'autres allaient achever de débarrasser et d'aplanir. Il est à remarquer toutefois que la gravure en bois et l'imprime-
tard, planches beaucoup plus défectueuses d'ailleurs, au point de vue de l'ordonnance et du style, que celles dont se composent les exemplaires primitifs.
FIC. 5. — JÉIU» ENFANT.
Gravure en boit flamande (xv« siècle )
rie ne suivent pas partout à leurs débuts une marche parallèle, qu'elles sont loin de traverser dans le même