VIC. S 9. CORNEILLE ÏIIICHU
Portrait de Gilles Bout ma
des autres pays. La gravure française sans doute aura le droit de s'enorgueillir des chefs-d'œuvre dus à la
pointe de Claude le Lorrain ou des spirituelles eauxfortes de Callot et d'Israël Silvestre. En Italie, après le
Parmesan, Augustin Carrache et quelques autres Bolonais du même temps, en Espagne, Ribera, et beaucoup plus tard Goya, acquerront comme graveurs à Teau-forte
LA GRAVURE DANS LES PAYS-BAS. i4t
une renommée légitime; mais, quels que soient les mérites de leurs ouvrages personnels, ces artistes ne se rattachent pas, dans chacun des pays auxquels ils appartiennent, à un groupe de talents voués à des travaux du
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Le Petit dump de ble.
même ordre, à toute une famille en communauté d'origine, d'inclinations et de doctrines.
E.i Hollande, au contraire, ce n'est pas isolément, ce n'est pas à des intervalles de temps plus ou moins éloignés qu'apparaissent les habiles graveurs à l'eauforte. C'est à côté les uns des autres qu'ils tiavaillent; c'est dans une période de quelques années, c'est presque au même moment que Adrien Brauwer èt Ostade font paraître leurs scènes d'estaminet, Ruisdaèl et Jean Both
leurs paysages, Paul Potter et Berghem, Adrien Van de Velde, Marc de Bye, Karel Dujardin, tant de charmantes petites pièces représentant des sites ou des personnages villageois, des troupeaux aux champs ou des animaux isolés. Tous, en rivalisant de talent, semblent d'accord sur l'unité de l'entreprise à poursuivre, sur l'obligation pour eux de se dévouer à l'étude exclusive de la nature qui les entoure et de la vérité familière.
Bien que les graveurs à l'eau-forte hollandais accusent dans l'ensemble de leurs ouvrages une poétique et des tendances communes, chacun d'eux cependant conserve, ne fût-ce que dans la pratique matérielle, quelque chose de distinctif et une physionomie à part; mais il en est un qui se détache du groupe avec un éclat incomparable, avec toute la supériorité du génie sur le talent : c'est le célèbre, et si justement célèbre, Rembrandt.
On s'est efforcé bien souvent de pénétrer le secret des moyens qu'employait Rembrandt pour l'exécution et pour l'impression de ses eaux-fortes; on s'est demandé à quels instruments, à quel mode de travail il fallait recourir pour obtenir après lui ces oppositions d'ombres veloutées et de splendides rayons de lumière. Recherche vaine de recettes techniques là où il n'y a en réalité qu'une méthode inhérente à la pensée et inspirée de haut comme elle ! On peut dire que chez Rembrandt, de même que chez les grands compositeurs, le procédé harmonique se lie si étroitement à l'idée mélodique que l'analyse en serait sinon impossible, au moins complètement superflue. Il arrive quelquefois, — en face d'un tableau de Corrège, par exemple, — que le charme de la peinture nous affecte d'une manière assez abstraite
pour qu'il en résulte une sorte de sensation musicale; mais il semble que l'art de la gravure ne puisse en au-
ne. 62. rURlRAIT DE RKMBHANDT
Dit Rembrandt appuyé.
cun cas être doué d'une force d'expansion analogue, et cependant les estampes de Rembrandt ne la possèdent
ISO LA GRAVURF.
elles pas ? On y reconnaît moins la représentation bornée
Fl«. 6j. REMBRANDT.
Le docteur Faustus.
des choses qu'on îVy sent des aspirations indéfinies; on
est plus touché du sens myste'rieux de ces rêveries pas-
no. 64. REMBRANDT.
Lu robe de Joseph rapportée a Jacob.
sionnéesquede la forme sous laquelle elles apparaissent L'impression reçue est si vive qu'elle supprime absolu-
ment toute velléité de critique, et Ton se laisse aussi
peu déconcerter par certains détails, choquants partout ailleurs, qu'on ne songe à se rendre un compte mathé-
LA GRAVURE DANS LtS PAYS-BAS. i$j
matique des conditions spéciales et de l'habileté' du faire.
PI 0i 66. REMMRANDT.
Portrait de Lu cm*.
En voyant le Sacrifice d'Abraham, Tobie aveugle cou-
rant au-devant de son fils, la Résurrection de Lazare et tant d'autres chefs-d'œuvre venus de Pâme et s'adressant à Pâme, qui s'aviserait de s'arrêter d'abord à la trivialité ou à la bizarrerie des types et des ajustements? Celui-là seul qui, sans s'occuper du reste, commencerait par examiner à la loupe le travail du rayon illuminant la scène dans Jésus guérissant les malades, dans Y Annonciation aux bergers ou dans les pèlerins d'Emmaùs.
Rembrandt a une manière immatérielle, pour ainsi dire. Tantôt il touche, il heurte le cuivre comme au hasard; tantôt il l'effleure et le caresse avec une délicatesse exquise, avec une dextérité magique. Il interrompt dans la lumière le trait qui marque le contour pour le reprendre et l'accuser énergiquement dans l'ombre ; ou bien il adopte la méthode toute contraire, et, dans l'un comme dans l'autre cas, il réussit, avec la même infaillibilité, à s'emparer du regard, à le contenter , à le convaincre. Rembrandt se sert des outils et des procédés de la gravure comme Bossuet se sert des mots, en les soumettant aux besoins de sa pensée, en les contraignant de l'exprimer, sans s'inquiéter du fini, du subtil. Comme lui aussi, il se compose un style invariablement éloquent des éléments les plus divers, du familier et du pompeux, du vulgaire et de l'héroïque, et du mélange' de toutes ces parties hétérogènes résulte l'harmonie admirable de l'ensemble. '
Les graveurs flamands formés par Rubens et les graveurs hollandais contemporains n'eurent pas dans leur pays des successeurs dignes d'eux. La révolution qu'ils avaient accomplie dans l'art fut de courte durée et ne
s^étendit pas au delà des frontières des Pays-Bas. En