THOMAS DE LEO
Hsnri IV.
près des dames romaines, et même, assure-t-on, auprès de la femme deThomassin, son maître.
Nous venons de dire que Callot avait eu le mérite de tirer notre école de gravure de l'ornière où elle se traînait et de lui frayer une voie nouvelle; ce ne fut pas pourtant avec une entière indépendance et sans ressouvenir de P Italie où il s'était formé. Après avoir travaillé d'abord à Florence dans l'atelier de Canta-Gallina dont la manière dégagée, le goût bizarre, ne pouvaient manquer de séduire le futur auteur des types de Francatrippa et de Fritellino, il avait été forcé de revenir à Nancy, d'où il s'était échappé une seconde fois pour y être une seconde fois ramené par son frère aîné, dépêché à sa poursuite. Un troisième voyage l'avait conduit à Rome, où sa famille le laissa, soit de bon gré, soit de guerre lassé.
Il est probable que pendant le séjour qu'il y fit1, Callot ne songea guère à mettre à profit les exemples des anciens maîtres, mais qu'il ne laissa pas d'étudier d'assez près ceux des prétendus maîtres contemporains. Paul V régnait alors, et le temps était passé des Raphaël et des Marc-Antoine, aussi bien que des Jules II et des Léon X. L'éclectisme énervant des Canache, l'impuissante fécondité du Guide avaient donné cours aux qualités secondaires et substitué dans ia peinture l'agrément à la beauté. Il en était résulté un envahissement de coutumes et de doctrines frivoles qui devaient trouver leur expression la moins équivoque
i. Callot passa en tout douze années en Italie, dont trois à Rome et neuf à Florence.
dans les œuvres du Josépin et, plus tard, dans celles d'un artiste d'inclinations assez semblables à celles du graveur lorrain, — le fantasque Salvator Rosa. Lorsque Callot s'établit à Rome (1609), Ie Josépin y avait atteint
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Pièce tirée de la suite intitulée Balli Ji Sftnania.
déjà le comble de la réputation et de la fortune, Salvator Rosa allait, à trente ans environ d'intervalle, y obtenir ses premiers succès; il semble qu'en venant prendre à ce moment la place qu'il occupe entre les habiles et les excentriques, Callot ne pouvait arriver plus à point Aussi ne tarda-t-il pas à attirer sur lui l'attention, et lorsqu'il quitta Rome pour Florence où il devait produire une partie de ses plus spirituels ouvrages, son
nom et son talent avaient commencé déjà d'être en crédit.
A Florence, ce talent se perfectionna auprès de Giulio Parigi, et, grâce à la faveur, facilement obtenue d'ailleurs, du duc Côme II, le nom de Callot acheva bientôt de devenir célèbre dans le monde des connaisseurs, comme dans celui des gens de plaisir. Menant joyeuse vie ou, tout au moins, brillante vie, dans cette même Italie où son compatriote Claude le Lorrain et le noble Poussin allaient, quelques années plus tard, se faire une existence toute de recueillement et d'étude, Callot s'abandonnait librement à sa verve et semblait ne voir dans l'art qu'un moyen d'amusement, dans les personnages qui passaient devant ses yeux qu'un prétexte à caricatures, dans les sujets d'imagination, de sainteté même, que l'occasion d'inventer des figures grotesques. Comme un autre satirique français, Mathurin Régnier, qui l'avait précédé à Rome, il affectionnait les types vulgaires, les guenilles, les difformités et jusqu'aux plaies de la débauche. Aussi les œuvres de ces deux hommes qu'il est permis de rapprocher l'un de l'autre exhalent-elles trop souvent une odeur de mauvais lieu qui les déshonore. Elles étalent avec une franchise qui va jusqu'à l'effronterie le foût des objets dégradés, de la réalité rebutante; toutefois, la vigueur de l'expression n'y dégénère pas toujours en cynisme, la vérité des tableaux n'y est pas toujours éhontée. Régnier et Callot ont tous deux le secret de dire positivement ce qu'il faut pour rendre leurs pensées claires, alors même qu'elles résultent de l'inspiration la plus capricieuse. On doit leur reprocher de s'être trop peu souciés d'en élever le niveau, mais on
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Pièce tirée de la suite intitulée Ut Gtntihhommti.
ne peut leur refuser le mérite d'avoir peint les laideurs de toute espèce dans un style ferme, beau de netteté, et d'avoir donné, chacun dans sa langue, une forme précise et vraiment nationale à cet art de la satire ébauché tout au plus dans les caricatures et dans les pamphlets du temps de la Ligue.
La gravure à Peau-forte, rarement pratiquée en Allemagne depuis la mort d'Albert Durer, n'avait guère été plus en faveur auprès des artistes italiens, et quant aux petits maîtres hollandais dont nous avons parlé dans le chapitre qui précède, le moment n'était pas venu encore où la plupart d'entre eux devaient produire leurs agréables ouvrages. Enfin, les eaux-fortes, aujourd'hui si justement admirées de Claude le Lorrain, sont d'une époque postérieure à celle où parurent les eaux-fortes de Callot. Callot fut donc le véritable créateur du genre. La pointe acquit sous sa main une légèreté et une hardiesse que ne présageaient pas les essais antérieurs, essais à la fois rudes et lâchés. Elle imita l'allure vive et rapide du crayon dans l'indication du mouvement des figures, la rigueur de la plume, sinon celle du burin, dans le dessin des contours; en un mot, en donnant à ses planches l'aspect de la correction, sans leur ôter l'apparence d'improvisation qui convient aux œuvres de cette espèce, Callot détermina les caractères et les conditions spéciales de la gravure à l'eau-forte. Grâce à lui, l'art français attira pour la première fois l'attention des Italiens: Stefano délia Bella, Cantarini et jusqu'à Canta Gallina, qui ne dédaigna pas de copier les estampes de son ancien élève, le Génois Benedetto Castiglione, beaucoup d'autres tentèrent, avec plus ou moins de succès , de