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ESTAMPES FLORENTINES

Les pièces de F ancienne collection Otto se rattachent à cet atelier fécond. Ces images, dont un exemplaire unique a échappé à la destruction, avaient, selon toute apparence, une. destination très vulgaire : elles devaient se coller sur des boîtes, des coffres, des menus objets, et, peutêtre aussi, être coloriées à la main. On ne s’étonnera pas qu’à Florence et à cette époque elles aient revêtu une haute distinction : la pensée en est insignifiante, mais l’élégance en est parfaite et leur exécution est d’une sûreté brève, on dirait attique (Fig. 8).

Cependant, à Florence même, d’autres artistes s’emparaient de la gravure. A. Pollajolo (1433-1498) marquait de son empreinte grandiloquente et brutale trois ou quatre pièces dont l’une, le Combat de centaures [P. 4] est comme une quintessence de l’esprit de la Renaissance1. Un artiste, à tout prendre, secondaire, Robetta gravait, peut-être d’après des dessins de Filippino Lippi, et certainement sous son influence, des compositions d’un sens compliqué ou obscur : allégories presque indéchiffrables* ou efforts malheureux pour illustrer l’histoire antique ( Virginius [C. 10417]). Son travail offrait déjà moins de simplicité et, dès ce moment aussi, se manifestait une influence étrangère. Robetta a copié le fond de quelquesunes de ses estampes sur des gravures de Dürer2. Feuilles légères, d’une circulation facile, d’un prix modique, les gravures ont ainsi, presque dès le début, répandu les enseignements des maîtres, échangé les influences, brisé les cadres étroits des écoles locales.

Ainsi la gravure florentine s’adressait aux intelligences les plus cultivées, les plus subtiles; un artiste inconnu dessinait des Triomphes [B. 12-171 dignes d’illustrer Pétrarque ; mais, en même temps, elle ne méconnaissait pas une de ses vertus essentielles qui est de parler au peuple. Des praticiens, souvent malhabiles, fabriquaient des images de piété et, parmi leurs productions modestes, toutes curieuses, quelques-unes ne sont pas indignes d’admiration. Tel le placard où Frère San Gallo prêche les œuvres de la miséricorde .

Au-dessus de cet ensemble, quelques érudits se sont plu à placer le nom de Léonard de Vinci; et, sans doute, on ne saurait être surpris que cet universel chercheur ait tenté aussi ce langage. Malheureusement aucun document ne permet de soutenir cette hypothèse et les estampes

1 Yasari attribue à A. Pollajolo une influence sur les progrès de la gravure « fece... stampe, con molto migliore intaglio che non avevano fatto gli altri maestri ch’erano stati innanzi a lui ». Vite, éd. Milanesi, III, p. 295.

2 Passavant a remarqué que le fond de l’Adam et Eve [B. 3] est copié sur celui de la Vierge au singe ; la Vieille et les deux couples [ B. 24] emprunte aux Effets de la jalousie.

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