LE PORTRAIT
VII. — Avec la seconde partie duxvn6 siècle, F allure de Fart français se modifie. Les peintres cessent de graver eux-mêmes. L'eau-forte est délaissée1. Les graveurs professionnels emploient surtout le burin, dont le caractère plus solennel et la régularité conviennent mieux au ton de la Cour. Le Roi étend sur eux sa protection : par l’édit de Saint-Jean-de- Luz, en 1660, il déclare « libéral » Fart des graveurs et leur permet de l’exercer, sans se soumettre aux maîtrises ni s’assujétir « à d’autres lois qu’à celles de leur génie ». Les amateurs et les collectionneurs se multiplient autour de l’abbé de Marolles et de J.-L. de BéringherV et La Bruyère se moque de leurs manies3. Bientôt, en 1667, un atelier de gravure s’ouvre aux Gobelins, sous l’autorité de Le Brun et la direction de Sébastien Leclerc. Le Cabinet du Roi, destiné à devenir notre chalcographie du Louvre, commande des travaux importants comme les Batailles d' Alexandre et encourage d’ailleurs uniquement la gravure de reproduction. Le temps est passé des œuvres de recueillement ou de fantaisie ; c’est l’heure des pages brillantes et correctes. Louis XIV et les courtisans se mirent dans les images de Nanteuil et d’Edelinck.
Au xvie siècle, la vogue des portraits aux crayons avait, sans doute, détourné les premiers graveurs sur cuivre d’un genre où leur infériorité aurait été trop sensible. Quelques portraits de Wœriot ou de René Boyvin soutiennent malle voisinage des chefs-d’œuvre des Clouet et desDumonstiers. A la fin du siècle, les graveurs s’enhardirent : Jean Rabel de Beauvais publia de petits portraits d’une facture sèche; Jacques de Fornazeris qui, très probablement, dissimulait sous ce nom cavalier celui plus roturier de Fournier, ferma le siècle avec un très remarquable portrait équestre de Henry IV (1600) et signa, au début du siècle nouveau, d’autres morceaux intéressants
Tandis qu’à la même époque l’eau-forte se nourrissait de l’Italie, nos premiers portraitistes reçurent des Flandres leurs leçons, et cette influence septentrionale persista à travers le xvne siècle tout entier.
1 Cependant le dessinateur Raymond La Page (1650-1684), a laissé quelques pièces intéressantes et Joseph Parrocel (1648-1704), le peintre de batailles, s’est montré dans l’eau-forte l’émule du Bourguignon, particulièrement dans le Champ de bataille de Senef[ R. D. 88] et la Bataille de Cassel [R. D. 89]. Dans les Mystères de la vie de Jésus-Christ il a, sous l’impression évidente de Rembrandt, déployé une imagination méridionale outrancière et inconsistante.
2 L’abbé de Marolles (1600-1681) constitua à partir de 1644 une collection que Colbert acheta pour la Bibliothèque du roi en 1667. — J.-L. de Beringhen (1651-1723) grand écuyer, directeur général des ponts et chaussées, légua sa collection au Roi.
3 Les Caractères. De la mode , portrait de Démocède.
4 On peut citer encore Granthomme, artiste médiocre, auteur d’un portrait de Henri III (1588).