CLAUDE MELLAN
Tour à tour des praticiens tels que Crispin de Passe, les élèves de Rubens et Yan Dyck, agirent sur le portrait français \
Thomas de Leu (1560 ?- 1612?), le maître le plus marquant de la période deformation, avait copié Gilles Sadeler, Crispin de Passe, Wierix, Corn. Cort; portraitiste fécond, habile à souligner le type individuel, il a animé d’une vie durable de petites effigies délicates ; fort inégal au reste, il faut l’admirer sur ses meilleures inspirations, le portrait de Pierre Ayrail par exemple, ou celui de Louis XIII enfant. Les portraits nombreux et sans éclat de Léonard Gaultier ont une allure analogue.
Quelques années s’écoulent : Goltzius vient d’achever sa carrière, la virtuosité est à l’ordre du jour. Michel Lasne (1595-1667) qui, un instant a travaillé pour Rubens1 2, applique une maîtrise formelle et fatigante à de grands morceaux de bravoure. Des encadrements exubérants, souvent de mauvais goût, lions couchés, figures allégoriques, blasons, entourent le portrait, au risque de l’éclipser. Malgré cet apparat, il arrive que la physionomie soit de médiocre intérêt ; il en est aussi d’intéressantes, tels le duc d’Épeimon d’après Mignard, ou Louis XIII couronné. Nous leur préférons, parce que plus simple et plus sentie, la petite effigie de Callot (1629), A la fin de sa carrière, Michel Lasne subit l’ascendant de son émule Claude Mellan.
Claude Mellan (1598-1688) artiste supérieurement doué, eut le tort de cultiver le tour de force et de chercher l’originalité par la singularité d’un procédé technique. Il emprunta à Goltzius l'usage des longues tailles parallèles, mais il le poussa jusqu’à l’extrême rigueur, refusant de les croiser jamais ou de les accompagner de tout autre travail. Une Sainte Face qu’il grava d’une seule taille poursuivie en spirale, modelant les chairs et dessinant les traits par des différences d’épaisseur, a conquis la célébrité d’un paradoxe. Les portraits de Mellan doivent à son système, un aspect très clair, une grande légèreté. Lorsque l’on parvient à s’abstraire de l’examen du procédé, ce qui malheureusement est assez malaisé, on se trouve en présence de physionomies très vivement senties et très exactement rendues. Ainsi les effigies de Pierre Camus ou de Peiresc (fig. 81).
Mellan a exercé une influence technique considérable sur tout le xviie siècle français. Tout près de lui, Pierre, Daret se ressent de son
1 Quelques flamands vécurent en France, tels van Meerlen et van Lochom, tous deux portraitistes assez médiocres.
2 Liv. I, chap. ni, p. 106.