‹ La gravureChapitre 121 sur 278 · ROBERT NANTEUIL · texte numérisé non relu

ROBERT NANTEUIL

apparente, réside en ce que, parmi tant de burinistes déterminés, seul, il a fait une large place à l’eau-forte. Toutes différences observées, il est, un peu, en face de ses contemporains, comme Suyderhoef auprès de Visscher. Il use pour les étofïes, pour les fonds, de traits fins, pressés, à picots. Les chairs sont presque exclusivement modelées à l’aide de points, et il obtient un grenu moelleux analogue à celui que par la suite ont donné le pointillé ou la lithographie.

Dans leur cadre très simple, avec leur éclat très discret, les portraits de Morin ont une délicatesse et une tenue « janséniste » un accent de sincérité et d’intimité qui sont dès iors et resteront, dans le siècle entier, des qualités exceptionnelles. Le Cardinal de Retz , l’Imprimeur Vitré (fig. 82), Saint-Cyran , d’après Philippe de Champagne, Marguerite Lemon, d’après Van Dyck sont parmi les meilleurs morceaux d’une galerie dont aucune page n’est dépourvue d’intérêt1. Richelieu et Mazarin y figurent. Les deux cardinaux ont été beaucoup gravés. Les artistes s’empressaient à solliciter ou à mériter une protection, et les courtisans, sans doute aussi, à acheter leurs images. Louis XIII, on ne s’en étonnera pas, et Louis XIV enfant furent moins bien partagés.

La gloire de Robert Nanteuil est d’avoir, àl’aube du règne personnel de Louis XIV, dégagé et fixé le style de portrait le plus convenable à l’esprit du gouvernement nouveau. Nanteuil était né à Reims en 1626 ; tout en poursuivant des études littéraires, il s’adonnait avec passion au dessin et grava lui-même sa thèse de philosophie en 1645. Il s’était fait par son talent et par quelques vers faciles une réputation locale de bel esprit, lorsque, au lendemain même de son mariage, une intrigue et la peur d’un scandale l’obligèrent à se réfugier à Paris. Il y vécut d’abord en faisant quelques portraits aux crayons ; peu à peu son talent fut reconnu, il acquit la notoriété, la faveur royale et nommé « dessinateur du cabinet », il occupa à ce titre un atelier aux Gobelins. Très recherché pour son esprit, fréquentant les salons et les ruelles, il menait une existence fort dissipée, gaspillait l’argent gagné facilement et mourut pauvre, en 1678.

Nanteuil n’est pas arrivé du premier coupa sa manière définitive. Les premiers portraits, autour de 1650, s’inspirent des données courantes, doivent à Mellan, à d’autres ; le dessin en est timide, la facture indécise, l’aspect est gris. Dès 1655, un progrès se marque. Le portrait de Chapelain annonce la maîtrise, ceux de Mazarin (1655-1656) indiquent encore

1 Morin a gravé quelques paysages d'après Poelenburg, Claude Lorrain, etc.

Fig-. 82. — Morin. L’imprimeur Vitré, d'après Philippe de Champagne

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