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CHAPITRE I

LA GRAVURE EN FRANCE AU XVIIIe SIÈCLE

1. Préventions et engouements. Difficultés de l’étude du xvmc siècle. — II. Le portrait gravé. Les graveurs de lligaud. Les Brevet. Ficquet. A. de Saint-Aubin. — III. Evolution de la technique. Les graveurs deWatteau : Boucher. Laurent Cars. — IV. La gravure originale. Boucher. Fragonard. G. de Saint-Aubin. Loutherbourg. Les Parroc® t — V. Les estampes. — VI. La vignette d’illustration. — VII. Applications multiples de la gravure/ — VIII. Editeurs et amateurs. La vie des artistes. — IX. Procédés nouveaux : la manière de crayon. La manière de pastel. Le lavis. L'aquatinte. — X. La gravure en couleurs. Janinet. Debucourt. — XL La réaction davidienne et le burin. Wille.

e xviiic siècle, c'est le siècle français1. La France règne par son génie, par ses idées, par son luxe, par son goût, sur toute l’Europe. Ses artistes, ses philosophes et ses écrivains rencontrent de Madrid à Saint-Pétersbourg des admirateurs et des élèves. Leur action, cependant, est inverse. Tandis que les philosophes et les conteurs font le procès de leur temps et préparent les révolutions prochaines, les artistes expriment ce que cette société condamnée à disparaître a de délicat, de spirituel, de voluptueux. Ils s'adressent aux puissants du jour, non plus uniquement au Roi et à ses courtisans, mais aussi aux

Fig. 88. — Lettre dessinée par Gravelot et gravée par Laurent Cars.

Kristeller. Kupferstich und Holzschnitt in vier Jahrhunderten, p, 467.

CARACTÈRES DE LA GRAVURE AU XVIIIe SIÈCLE

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financiers, aux salons parisiens; ils embellissent des existences raffinées et frivoles, et les graveurs s’associent à cette œuvre.

Ingénieuse à se rendre nécessaire, la gravure multiplie ses applications. Elle ne se préoccupe plus d’idéal ou de perfection, elle ne s’embarrasse pas de recherches esthétiques, elle ne songe qu’à plaire. Elle reproduit des tableaux de maîtres, mais c’est parce qu’ils décorent des appartements princiers: elle fixe les traits des penseurs, mais c’est pour offrir leurs portraits à des amateurs élégants et, quand elle illustre des ouvrages philosophiques, elle les entoure de mondanité.

Une telle attitude a été tour à tour condamnée au nom des principes de la morale et du grand art. Des moralistes austères et les esthéticiens intransigeants vouèrent à l’exécration le xvme siècle. On sait à quels excès de haine ridicule se livraient David et ses sectateurs ; sous une formule moins violente, des théoriciens plus récents n’ont pas été plus justes.

A ces préventions aveugles a succédé depuis un excessif engouement. Des éloges hyperboliques sont décernés aux plus minces dessinateurs et, dans le commerce de la curiosité, les plus plates productions atteignent des prix inouis, pourvu qu’elles aient eu l’heur de paraître sous Louis XV. Il est fort heureusement plus aisé de se défendre contre l’excès d’enthousiasme que contre l’inintelligence systématique.

L’étude de la gravure française du xvme siècle offre d’autres difficultés. Autant il est agréable de feuilleter les albums, de regarder les estampes, autant il est malaisé d’établir parmi tant de trésors légers un ordre didactique. Les formes, les procédés ont été extrêmement variés ; les mêmes artistes ont abordé tour à tour les genres les plus divers; enfin le nombre des hommes de talent a été prodigieux : il est impossible de leur rendre justice à tous. MM. Portalis et Béraldi en ont catalogué plus de mille; il faut choisir parmi les excellents.

Sans prétendre être complets, nous étudierons successivement le portrait, genre par lequel se marque le mieux la liaison avec le xvne siècle, — l’estampe, - — la vignette d’illustration, — les applications de la gravure, les procédés nouveaux mis alors en honneur : pointillé, manière de crayon, lavis, gravure en couleurs; nous réserverons la manière noire pour la lier à l’étude de l’école anglaise. Pour maintenir à cet examen un caractère d’unité, nous envisagerons d’abord les artistes dont Watteau, Boucher, Fragonard représentent les tendances essentielles, ceux que le langage courant désigne seuls quand on parle de « xvme siècle >>, et nous examinerons ensuite la réaction davidienne et ses conséquences.

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