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LE PORTRAIT GRAVÉ

IL. — La mode des portraits gravés persista à travers lexvme siècle et leur nombre même se multiplia1. Nanteuil et Edelinck fournissaient des exemples si brillants et des leçons si fortes que, tout d’abord, on se contenta de les imiter. Mais bientôt l’évolution se marque : les peintres ou dessinateurs dont les graveurs s’inspirent ont des styles nouveaux, la technique se modifie; enfin les modèles eux-mêmes n’ont ni les mêmes caractères, ni les mêmes préoccupations, et l’on passe ainsi par degré de l’in-folio solennel aux familiarités de la silhouette minuscule.

Hyacinthe Rigaud donne, tout d’abord, l’impulsion la plus puissante : c’est d’après ses portraits peints que les graveurs, à l’aube du siècle, font leurs chefs-d’œuvre. Rigaud les habitue à substituer à la dignité sévère prisée par leurs devanciers l’étalage du faste et la complexité d’un décor riche. Dès lors, leur science se dépense à rendre des dentelles, des moires, des velours, à décrire des meubles dorés et des balustrades de marbre. Ils gagnent en pittoresque et perdent en grandeur. Pour le reste, ils sont dignes de leurs aînés et leur ressemblent. Remarquons que parmi leurs clients figurent surtout des prélats, qu’ils gravent rarement des dames et que ce ne sont pas leurs meilleures pages.

Le premier en date et le plus habile est Pierre Drevet (1663-1738) très inégal, très fécond et souvent excellent. On ne saurait songer à énumérer même ceux de ses portraits qui sont dignes d’admiration. Il a dit, d’après Rigaud, le génie de Boileau (1706) [R. D. 24], de Robert de Cotte , du fondeur Relier, la grâce de Louis XV enfant, la suffisance majestueuse et vide de Dangeau ; plus rarement, il a travaillé d’après Largillière et avec le même bonheur.

Son fils, Pierre Imbert Drevet (1697-1739) doit également à Rigaud son chef-d’œuvre, le Bossuet , en pied (1723) où les difficultés techniques accumulées ont été vaincues sans effort apparent et qui pourrait être donné comme le type de l’art du portrait à ce moment. François Chéreau (1680-1729) égale Drevet dans ses meilleurs jours, dans le portrait de Conrad de Phen à Dehn , ou de Polignac , tous deux d’après Rigaud ; pourtant sa facture est moins libre, plus académique.

Le siècle avance, l’allure du portrait commence à se modifier ; non sans doute pour les personnages princiers et les portraits officiels : ici la vieille formule estbonne et elle continue à recevoir de belles applications : le célèbre portrait d’Auguste III, d’après Rigaud, placé en 1750 par Bale-

1 Louis XV, Louis XVI. Marie-Antoinette ont été très souvent gravés ; mais le modèle le plus souvent reproduit est Voltaire. Portalis et Béraldi, Les graveurs du XVIIIe siècle, II, p. 436.

FICQUET

chou (1719-1764) en tête de la Galerie de Dresde , ceux de Wille 1 s'y réfèrent, mais, en face de cet apparat, des pages moins ambitieuses, plus intimes, se produisent. L'évolution se marque bien dans les œuvres de Daullé (1703-1763). Une partie d'entre elles, gravées, d'après Rigaud, le portrait du peintre et de sa femme (1742), Càylus (1743), ou Mariette (1747), d’après Ant. Pesne, Catherine Mignard d'après son père (1735),

Fig. 89. — Ficquet. Portrait de Van der Meulen .[Bér . 46].

se rattachent aux formules traditionnelles, mais voici que le format se réduit ( Marie-Thérèse Daguesseau) (1761), et que la technique se fait plus cursive, plus vive d’allure, plus claire : portrait de Madame Favart (1754), d'après Yan Loo, le Landgrave de Hesse d'après Roslin (1761), Cochin d'après lui-même (1754).

L’évolution est achevée ; Ficquet (1 719-1794), lorsqu'il est en verve, trace, avec une miraculeuse légèreté, une délicatesse de touche dont les plus fortes loupes révèlent à peine les finesses, des portraits minuscules et parfaits, présentés dans des compositions allégoriques d'une richesse, d'une convenance, d’un goût infinis. C'est la suite des peintres flamands que domine l’admirable Van der Meulen (fi g. 89) ; ce sont ces impee-

Voir p. 233.

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