AUGUSTIN DE SAINT -AUBIN
■cables chefs-d’œuvre : La Mothe-le-Vayer, Boileau, Bossuet , La Fontaine , Descartes surtout, pièces raffinées d’une beauté savoureuse, morceaux accomplis \
Tandis que Ficquet élève des monuments impérissables aux morts, Augustin de Saint-Aubin (1736-1807) décrit ses contemporains. Ses effigies sont moins réduites que celles de Ficquet, le format en reste pourtant discret : tantôt, selon une formule favorite de Cochin (1715-1788). ce sont des médaillons suspendus par un nœud sur un champ grisâtre : tantôt ce sont des profils en manière de camées sur fond noir ; très rarement un effort de présentation. A cette indifférence près, tout ici s oppose au xvne siècle :1e format qui s’est humanisé, la facture qui est devenue très libre, très légère, surtout claire, empruntant au burin sa sûreté, à l’eau-forte l'affranchissement des procédés conventionnels : le sens de l’œuvre même, car il ne s’agit plus d’apparat et de masques, mais d’individus. La société, où l’originalité était une faute et qui se courbait sous un rigoureux protocole, n’existe plus qu’en façade. A côté des effigies officielles où se conservent les vieilles formules, on veut des images dans lesquelles se traduise la vie intime et sur lesquelles on puisse lire l’empreinte du talent ou du génie.
Qu’il grave d’après Cochin, d’après un buste de Caffieri, ou sur ses propres dessins, Saint-Aubin s’attache toujours à faire ressortir le côté personnel de ses modèles, Condorcet , Piron (1776), Diderot, Rameau , Franklin, Beaumarchais ou Amelot . Déjà cependant apparaît dans ces œuvres le souci de simplicité que développera la période de réaction où Saint-Aubin déroulera la dernière partie de sa carrière. Toute la grâce, la fleur du xvme siècle s’expriment, au contraire, dans quelques portraits de femmes qui donnent à leur auteur une place privilégiée parmi les maîtres qui ont su, d’un art subtil, faire deviner plutôt qu’exprimer, la beauté, l’élégance exquise et la jeunesse. La touchante image posthume de la Baronne de Rebecque, Madame de Montbarey avec son excentrique coiffure, surtout les deux portraits célèbres sous le nom de la Baronne (fîg. 90) et la Marquise disent, avec l’éloquence d’une apologie, ce qu’une société frivole assurément, pervertie, condamnée, savait présenter par ailleurs de distinction aisée et de charme.
1 J. -B. de Grateloup (1735-1817), qui ne grava que par distraction et pendant peu d’années,, a publié neuf portraits minuscules exécutés d’après un procédé dont il ne divulgua pas le secret. Le Bossuet de 1771, d’après Rigaud, est surtout remarquable.
Fig. 90. — Augustin de Saint- Aubin. Portrait de Mm0 Mézière du Crest, marquise de Saint- Aubin, baronne d’Andlau (réduit).