MANTEGNA
trouver une volupté intime à fixer, sans réticence, le trait qui cerne les êtres.
Rien de plus sobre que ses estampes : le dessin, arrêté par des traits nets, se modèle d'une façon sommaire et décisive ; des tailles obliques qui indiquent les formes sans les épouser, donnent, dès le premier état, un ensemble que précisent à peine, dans des reprises ultérieures, des travaux intercalaires très légers ; très rarement les tailles se croisent. Souvent la main de l’artiste court; la pointe ne quitte pas le cuivre et les traits parallèles sont remplacés par des zigzags. Il n’éprouve pas d’ailleurs le besoin de tout dire : les fonds sont souvent lâchés, presque bâclés. Enfin il est des pièces, parmi les plus belles — elles sont toutes belles — que Mantegna n’a pas achevées, soit dédain, soit impatience, soit lassitude. La main n’est pas seulement assurée et puissante : elle est très légère, et la délicatesse du travail est, quand il le veut, incomparable. Pour s’en convaincre, que l’on examine à la loupe le Christ entre* saint André et saint Long in [B. 6].
Une telle technique, si elle offre à la pensée un auxiliaire adéquat, n’usurpe point sur elle : elle ne distrait pas le regard des beautés qu’elle produit.
Mantegna n’a pas gravé vingt pièces, mais son génie y paraît entier, comme toutes les formes de sa pensée y sont présentes. Pièces religieuses, d’une piété hautaine et âpre : Flagellation [B. 1] parmi des architectures graves; Mise au tombeau [B. 3] d’une composition étrange où les gémissements et le désespoir tragiques s’expriment à travers la roideur des lignes; Descente aux limbes [B. 5], dont la vigueur plastique rend l’impression plus pressante; Vierge douloureuse [B. 8J; graves images de sainteté comme le Christ entre saint André et saint Lo?igin.
L’inspiration antique s’épand dans le Triomphe de César [B. 11-14], gravé peut-être avant d’être repris dans les cartons d’Hampton-Court et l’ampleur, la puissance sont les mêmes sur les feuillets minuscules que sur les murailles (fig. 9).
Enfin, cette imagination vivante qui ressuscitait les dieux et les héros de la Grèce a tracé la Bacchanale à la ci/uMB. 19] et surtout le Combat de dieux marins [B. 18] où l’allégorie classique et la facture formelle ne refroidissent par l’impression aiguë du jeu des flots irrités.
Un tel exemple aurait été digne d’inspirer les plus grandes émulations et de provoquer une éclosion intense d’estampes originales. Malheureusement il fut frappé de stérilité, et les peintres qui suivirent Mantegna