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LES ÉLÈVES DE MANTEGNA

et qui l’admirèrent ne se soucièrent pas de rivaliser en ce point avec lui.

Du moins il provoqua l'activité de quelques artistes secondaires, exclusivement ou presque exclusivement graveurs, qui vécurent au début du xvie siècle dans le nord de l’Italie. Ses disciples immédiats furent écrasés par son énorme originalité; sans pénétrer sa pensée intime, ils tracèrent des pastiches d’une exactitude extérieure plus ou moins heureuse.

Zoan Andréa, qui parfois le copia littéralement, s’assimila sa

Fig. 9. — Mantegna. Le Triomphe de Jules César [B. 13]. (fragment réduit).

technique au point de rendre le départ difficile entre ses estampes et celles de son maître. Il traduisit dignement le dessin sublime de la Judith [B. 17]. Il s’approcha meme parfois du sentiment de son modèle, mais il ne lui emprunta aucune parcelle de cette flamme qui, mal contenue sous les lignes rigides, vivifie toutes les figures de Mantegna.

Gio-Antonio da Brescia soumit à une discipline trop forte un talent qui eût incliné xersle maniérisme et le joli.

L’influence fut moins oppressive surMocetto, Véronais établi à Venise, élève de Jean Bellin, peintre et auteur d’une des verrières de San Zanipolo. Mocetto grava, d’une main un peu rude mais ferme, des compositions de Jean Bellin, Cima da Conegliano, de Mantegna, en particulier un Saint- Jean Baptiste [B. 5] de grande allure, et aussi ses propres inventions, dans lesquelles il associait au sens de la plastique, celui du décor. Un Sacrifice romain se déroule devant les Vieilles Procuraties, le Palais Ducal et le Campanile [P. 15]. Une Calomnie d’ A pelle [P. 11] se déploie devant San Zanipolo, la Scuola San Rocco et le Colle on e.

Venise, cependant, trait d’union entre l’Italie et le Nord, recevait et admirait les gravures d’Albert Dürer, et celles-ci vinrent non pas contrebalancer l’influence de Mantegna, mais y ajouter d'autres indications, alimenter l’instinct du décor, du paysage, naturel aux Vénitiens.

Zoan Andréa contrefit quelques estampes de Dürer, poussant l’exactitude jusqu’à copier la signature. D’autres qui, à leurs heures, ne furent pas plus scrupuleux, réagirent d’une façon plus personnelle.

Giulio Campagnola fut un technicien novateur; le premier il mêla systématiquement des points aux tailles, et exécuta des travaux au pointillé ; de plus, il accorda dans ses estampes une importance exceptionnelle aux fonds et fut un précurseur du paysage moderne. Si l’on ajoute qu’il revêtit ses dessins d’une grâce un peu mystérieuse qui l’apparente à Giorgione, on concevra l’intérêt exceptionnel de son œuvre. Il faudrait dire l’admirable facture de Ganymède [B. 5] ou du Vieux pasteur [B. 7], l’intimité d’expression de Y Astronome [B. 8], la beauté de cette Samaritaine [B. 2] qui s’entretient avec le Christ devant la lagune vénitienne et saint Georges Majeur (fig. 10).

Domenico Campagnola, dans ses meilleures inspirations, dans le Concert [B. 9], s’approche de cette sincérité sereine. Le maître le plus parfaitement vénitien, ce fut Benedetto Montagna, influencé naturellement lui aussi par Mantegna, par Dürer, et par l’incomparable ville où il vécut. Rude, dur, grandiloquent, on n’imagine pas que Carpaccio, s’il eût gravé, l’eût fait autrement que lui. Habitué aux amples décors, il orchestrait un Sacrifice d' Abraham [B. 1] dans un site grandiose et présentait Saint Jérôme [B. 13 et 14] au milieu d’âpres rochers. Les scènes religieuses dont la signilication intime le touchait peu, il les situait dans des paysages empruntés à l’Allemagne (le Christ aux Oliviers [B. 4]), ou à l’Italie . Il groupait Saint Benoit et ses disciples dans un palais vénitien [B. 11]. Son imagi-

nation païenne et réaliste évoquait, comme présentes, les scènes de la mythologie [B. 1 8-25] . La vie populaire, enfin, ne le laissait pas indifférent :

un paysan assistait à Y Enlèvement d’Europe, [B. 23J; il tentait même de pures scènes de genre [B. 31J.

Près de Venise, Nicoletto de Modène (Rosex) encadrait la Nativité

Fig. 10. — Campagnola, La Samaritaine. [B. 2] (réduit).

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