INFLUENCE DE WATTEAU
III. — Dans révolution du portrait, nous avons fait une part à la transformation de la technique. Cette transformation n'est naturellement pas spéciale à un seul genre, elle s’étend à tous : elle peut se résumer en ceci que les estampes sont d’une facture plus alerte, et revêtent une tonalité claire, contrastant avec l’aspect sombre des pages très couvertes de l’âge précédent. L’initiative d’un tel changement n’a pas appartenu aux graveurs, dont le seul mérite a été de se conformer avec souplesse à une ambiance générale. Le goût des décorations blanches, des étoffes claires, leur dictait une allure nouvelle et ils ont été guidés par les peintres. Watteau a exercé sur eux, comme sur tout le siècle, une influence prépondérante.
Les élèves des Audran, habitués- à scruter les tableaux de Le Brun, durent se trouver tout d’abord singulièrement surpris et désorientés devant cet art dont le prestige incomparable était obtenu par des moyens si décevants. Les fonds vaporeux, les grandes frondaisons rousses ou diaprées, les personnages campés en quelques coups de pinceau, en un mot cet impressionnisme qui sollicitait la collaboration active de l’œil des spectateurs, c’étaient autant de problèmes imprévus pour le graveur. L’ensemble, par sa fraîcheur lumineuse, réclamait une transcription rapide exécutée d’une main sûre et alerte.
Il fallut tenter l’aventure, puisque le public l’exigeait. Bien qu’il eût produit lui-même quelques eaux-fortes, Watteau n’indiquait guère de direction à ses traducteurs. Boucher fut d’un plus grand secours : chargé parM. de Jullienne de graver un grand nombre des planches du recueil que celui-ci consacrait à la gloire de son ami, Boucher se pénétra intimement de la pensée qu’il voulait rendre ; d’une pointe expéditive et décisive, il dit tout ce qu’il fallait dire. Les Quatre Saisons (fig. 91), Pomone, séduisantes et subtiles, étaient tout un enseignement. Mais, avant tout, les graveurs furent servis par une éducation incomparable, par la possession d’un métier aux inépuisables ressources, par une aptitude traditionnelle à plier leur main aux intentions des peintres.
Au début, il y eut, on le devine, quelque hésitation. Certains artistes se laissèrent entraîner par les habitudes acquises, et Nicolas Tardieu (1674-1749), par exemple, ne semble pas parfaitement à son aise lorsqu’il grave Watteau. Mais bientôt avec Laurent Cars (1702-1771), Pierre Aveline (1697-1760), ou Nicolas Larmessin (1684-1755) la nouvelle technique apparaît fixée.
Interprète attitré de François Lemoisne, Laurent Cars s’était préparé