‹ La gravureChapitre 133 sur 278 · FRAGONARD · texte numérisé non relu

FRAGONARD

GARRIEL DE SAINT-AURIN

l’artiste ne s’ingénie pas à en développer les ressources : tels sont les Sujets d'enfants. Le portrait de Watteau, au contraire, nous ramène à la technique que nous avons définie tout à l’heure et de même Y Innocence, cette dernière pièce, malheureusement, terminée par Aveline.

Bien des années plus tard, Fragonard (1732-1806), lorsqu’il courait à travers 1 Italie avec l’abbé de Saint-Non, grava avec une désinvolture magistrale de hardis croquis d’après Tiepolo. Dans un bout de paysage, le Parc , il fit palpiter l’ombre et la lumière. Quatre pièces voluptueusement achevées, les Jeux de Satyres (1763) (fig. 93), ont une perfection rare et un charme exquis ; dans un encadrement de frondaisons riches et capricieuses sont figurés des bas-reliefs de marbre ou un ciseau délicat aurait modelé des satyres et des nymphes. Un parfum d’anthologie se dégage de ces bluettes où la fantaisie du xvme siècle et la poésie antique se sont pénétrées. Combien il est déplorable que Fragonard ait aussitôt abandonné un genre où, du premier coup, il avait excellé.

Dans ce groupe restreint et choisi, il convient de réserver une place spéciale à Gabriel de Saint-Aubin (1724-1780). Ce dessinateur extraordinaire, qui jouissait pour lui-même de son art et songeait à peine à ses contemporains, a gravé quelques eaux-fortes dont les épreuves sont rarissimes et dont l’effet tranche parmi l’ambiance où elles se sont produites. Mordues sans ménagement, tirées sans précaution, elles n’ont rien de cette propreté, de ce fini que l’on prisait tant alors et que l’on ne craignait pas de conquérir parfois au prix de la sécheresse. Elles en ont pour nous une plus grande, une plus rare saveur. L’une d’elles, la Bibliothèque des Avocats , avec sa vaporeuse allégorie, son jeu ingénieux de lumières, était peut-être destinée à une illustration, les autres, les Nouvellistes, les deux vues des Tuileries (1760), le Charlatan du Pont-Neuf sont des notes intimes et c’est aussi un croquis tout personnel que la Vue du Salon en l'année 1753 (fig. 94), page unique dans le xvme siècle français et dont les Concourt, avec leur verve généreuse, ont célébré le mérite.

En glanant de côté et d’autre, que trouverons-nous encore? Une suite curieuse du maître de Watteau, Gillot (1673-1722) la Vie de Notre-Seigneur Jésus dessinée et gravée par lui en soixante feuilles rapides, très libres, incorrectes; de Ch. Natoire (1700-1778) quelques essais qui nous ramènent pour la facture au temps de Simon Vouet et des Saisons, figurées par des jeux d’enfants, charmantes avant l'intervention du burin de P. Aveline.

J. -B. Pierre (1713-1789), admiré en son temps, aujourd'hui complète-

Page 1