J. -B. PIERRE
ment oublié, avait touché une quarantaine d’eaux-fortes. Le plus grand
nombre est de médiocre intérêt; à peine regardera-t-on les Figures du bas peuple de Rome (1756); mais la Mascarade chinoise faite par les élèves
Fig. 93. — Fragonard. Bacchanale.
LES PARROCEL
de l’école de Rome en 1735 est un croquis dont l'importance ne réside pas uniquement dans le sujet, et le Marché de village , avec ses réminiscences de Gallot et delà Hollande est d’une jolie fantaisie.
Si Loutherbourg (1740-1812) manquait évidemment de conviction, il n’en était pas moins d’une étonnante habileté. Berchem ou Karel du Jardin ont présidé à la Tranquillité champêtre , à la Bonne petite sœur ; ils ne désavoueraient pas le Repos du pâtre et auraient volontiers signé la Vache et Canon. Que Loutherbourg passe en Angleterre et nous le retrouverons, tout à l’heure, totalement métamorphosé.
J. -J. de Boissieu (1736-1810), artiste lyonnais, a gravé à l’eau-forte d’après nature de nombreuses vues, des paysages, des scènes champêtres.
Enfin Joseph Parrocel semble avoir communiqué sa verve et son feu à ses enfants et neveux, chauffés comme lui par le soleil d’Avignon. Son fils Charles (1688-1752) manie la pointe comme une plume, campe en quelques traits des cavaliers, raconte spirituellement la vie des camps [R.D. 29] et s’avise un jour de pasticher, non sans humour, Rembrandt dans une Chasse au lion [R. D. 35]. Son neveu Pierre (1670-1739), après avoir gravé à Rome une grande pièce, Bacchus et Ariane, d’après Subleyras, s’amuse à des rêveries païennes et d’une pointe chaude et colorée célèbre Amphitrite [R. D. 16], travestit des enfants, ou mène des bacchanales [R. D. 11] Et J. -F. Parrocel (1704-1781), fils de Pierre, clôt cette prestigieuse dynastie avec une piquante composition, Les charmes de la musique, 1770 [P. de B. 3],
Ces badinages, dont l’intérêt est pour nous si grand, tiennent, en somme, peu de place dans la production totale du siècle. Admirés par des cercles restreints d’amis, ils n'ont pas atteint le grand public. Les artistes avaient certes dépouillé les préjugés du siècle précédent, ils n’osaient pas cependant livrer leurs confidences à la foule. Pour la vente il fallait des pièces achevées, habillées, pimpantes sans doute, mais correctes.
Quand une planche avait été ébauchée à l’eau-forte, quand l’artiste y avait donné ce qu’il voulait dire, il semblait nécessaire de reprendre au burin la page spontanée, de l’attifer, de la terminer. Aujourd'hui nos sentiments sont changés : sous les travaux habiles et mécaniques qui revêtent tout d’un éclat uniforme, la verve nous paraît étouffée, trop de politesse nous glace. Les préparations à l’eau-forte que l’on regardait comme indignes d’être produites, sont pour nos yeux, les morceaux de beauté. Ce sont là des préférences nouvelles; le xvme siècle pensait autrement et il a peu pratiqué l’eau-forte originale.