DESSINATEURS, AQUAFORTISTES ET BUR1NISTES
y. — Mais il a adoré l'estampe et la vignette. Comme Finvention'd’un dessin, l’eau-forte et le burin demandaient des aptitudes différentes, il a pratiqué la division du travail. Il arrive qu’une estampe soit signée d’un
nom unique, mais, bien souvent, le dessinateur, celui qui a fait la préparation à l’eau-forte et celui qui l’a terminée, sont trois artistes différents. Il devient ainsi impossible d’étudier successivement dessinateurs, aquafortistes et burinistes, sans être perpétuellement ramené aux mêmes œuvres.
Gabriel de Saint-Aubin. Le Salon de 1753,
l’estampe DU XVIIIe SIÈCLE
D’ailleurs les praticiens habitués à la souplesse et à la subordination ne se distinguent les uns des autres que par une plus ou moins grande habileté professionnelle. Ce sont les dessinateurs qui leur imposent leur style et conduisent l’évolution de la gravure, même lorsqu’ils n'ont jamais eux-mêmes manié la pointe ni le burin. Baudouin ne figure pas dans la liste des graveurs français et pourtant nos lecteurs s’étonneraient de ne point trouver son nom ici, et ils auraient raison car, si Baudouin n’a point gravé, il a constamment travaillé en vue des graveurs.
La vogue des estampes était si forte que des peintres ont composé des tableaux avec la préoccupation évidente de les faire reproduire. De Troy, lorsqu’il peignait la Toilette pour bal et le Retour du bal prévoyait évidemment le parti que saurait en tirer Beauvarlet. Calcul habile, puisque, le tableau disparu, enfoui en quelque galerie ou détruit, l’estampe subsiste, souvent supérieure à la toile même.
De telles estampes n’étaient point destinées à grossir le portefeuille d’un amateur, à servir de modèles à des élèves ou de guides à des artistes ; elles devaient, encadrées, figurer sur des murailles, jouer leur rôle dans la décoration d’un salon ou d’un boudoir ; elles devenaient des objets d’ameublement. Leur intention, leur aspect, leur caractère dérivaient de cette appropriation; il ne faut pas l’oublier, si l’on désire en pénétrer vraiment le charme.
Frivoles ou légères pour des esprits qui se seraient refusés à une attention sérieuse ou à un effort, le sujet en était emprunté uniquement à la vie de la société même, et, sans doute, ce fut là le secret de leur perfection et de leur intérêt durable, car jamais époque ne jouit autant de son propre charme et ne fut plus habile à se raconter elle-même. Ce sont des épisodes de la vie mondaine, des motifs souvent galants, parfois équivoques; mais quand ils sont le plus scabreux, ils se sauvent par leur élégance ; l'intention n’est pas soulignée et la scène qui fait sourire le roué n’est plus, pour des yeux purs, qu’une innocente espièglerie.
Est-il nécessaire d’énumérer quelques-uns de ces chefs-d’œuvre qui perpétuellement reproduits, imités, s’offrent encore aujourd’hui à tout moment à nos yeux? A. de Saint-Aubin a dessiné le Concert et le Bal, gravés tous deux par Duclos (1773) ; il a dessiné et gravé lui-même les deux pendants célèbres : Au moins soyez discret — Comptez sur mes serments.
De Fragonard, V Inspiration favorable a été gravée par Halbou. Les hasards heureux de V escarpolette furent traduits par De Launay.
Fig. 95. — Benoist II Audran. Portrait de Frère Biaise, d'après de Troy (très réduit) .