L ILLUSTRATION DU LIVRE
La fantaisie qui s'y révèle se déploie librement dans les en-têtes de chapitres, lettres ornées et culs-de-lampe qui habillent le texte. C’est là surtout que triomphe le xvme siècle. Nulle époque n'a su, comme lui, dessiner un fleuron, enrouler une guirlande, renfermer dans un cartouche une scène minuscule, badiner avec ces riens charmants, donner aux yeux la caresse de la grâce. Ouvrez la Description des 'pierres gravées du cabinet du duc d’Orléans (1780-84), voyez avec quelle richesse, quelle prodigalité d’imagination Augustin de Saint-Aubin a serti des médailles grecques et mesurez ce qu'il a fallu de recherches, d’érudition, d’ingéniosité pour nous procurer ce divertissement. Les ressources incroyables d'un style qui favorisait, qui exigeait une telle diversité et un perpétuel renouvellement éclatent en ces pages prestigieuses.
L’artiste le plus remarquable, le maître de l'ornementation du livre fut Choffard (1730-1809). Il a appliqué des facultés exquises à un objet secondaire, sans doute, mais où il a excellé. On peut concevoir d'autres procédés que les siens, mais on n’imagine pas qu'il soit possible de tirer meilleur parti de ceux qu’il a employés (fig. 107). Choffard a été particulièrement bien inspiré quand il a travaillé ooxx Métamorphoses d’Ovide (1767- 1771). Livre rare, Boucher, Eisen, Gravelot, Moreau le jeune, Monnet en ont dessiné les vignettes et l’on devine le plaisir qu’ils ont eu à chanter cette mythologie sceptique et galante. A. de Saint-Aubin, Le Mire, de Launay, de Longueil, etc. ont gravé les planches et Choffard, qui a tracé l’encadrement des vignettes, est i’auteur des en-têtes et des culs-de-lampe (fig. 97).
11 faut tenir notre promesse et rappeler, presque au hasard, quelques autres ouvrages. Gravelot (1699-1773) fut tout d’abord le dessinateur à la mode. Il avait, dès 1733, dessiné et gravé l’illustration d'une Astrée d’bientôt, trop occupé pour quitter le crayon, il se contenta de fournir ses dessins. Son Boccacc (1757) avec ses innombrables vignettes de la fantaisie la plus charmante, la plus légère, avec ses délicieux culs-de-lampe, le tira hors de pair. Il ne mit pas moins de soin à la Nouvelle Héloïse (1762). Pour la Jérusalem délivrée (1762), il imagina la suite la plus inattendue d'amours forgerons, turcs, moines et guerriers, prenant leurs ébats dans, le champ étroit d'un cartouche ou d’un motif joliment contourné. Plusieurs contrefaçons attestent le succès de ses dessins pour les Contes moraux (1765).
Oudrv, le célèbre peintre animalier, illustrait le Roman Comique , de compositions qu’il gravait, en partie, lui-même et donnait des dessins pour les Fables de la Fontaine.
lièrent g elclave dkez la Renie Omptale , Sç A ai fie deiaramer et Hic avec elle ,
Fig. 97. — Vignette tirée des Métamorphoses d’Ovide, dessin de Boucher, gravé par Le Mire, encadrement de Choffard*.