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LES JEUX DE CARTES D ITALIE

[B. 4] ou la Vierge [P. 73] d’architectures somptueuses que n'eût pas désavouées Crivelli et, de son burin fruste et sommaire, il traçait une allégorie : le Sort de la langue méchante [B. 37] où se résument les pensées et les préoccupations plastiques de toute une époque.

Un autre artiste de Modène, Gio-Battista del Porto, « le maître à l'oiseau », esprit gracieux, voluptueux, donna dans ses œuvres d’un faire petit, léger et joli, une semblable importance aux fonds : montagnes, bois, vues de villes, mer couverte de caravelles1.

Ainsi la pensée italienne se rapprochait de la mentalité germanique. L’artiste chez lequel cette fusion apparaît le plus manifeste est Jacobo dei Barbari, « le maître au Caducée ». Pendant longtemps, on ignora son nom et on le désigna par l’emblème dont il avait marqué ses œuvres ; on le supposait Allemand, influencé par l'Italie, hypothèse dont les documents ont interverti les termes. Son œuvre « est une originale combinaison entre l’art du Midi et celui du Nord. » La main légère, timide, a tracé des scènes allégoriques et mythologiques d’une exécution précieuse et d’un ragoût mystérieux. Nous verrons qu’il exerça une influence remarquable sur Albert Durer.

Entre cet art si varié, si souple et, à tout prendre, si près de nous, et les balbutiements raffinés de Florence, il semblerait mal aisé d’établir un rapprochement. Pourtant il existe une série de pièces célèbres que la tradition a parfois attribuées à Mantegna et que des critiques autorisés donnent par contre à Baccio Baldini et à ses émules. C’est la suite dite des Tarocchi di Mantegna , ou encore les jeux de cartes d'Italie .

Des inscriptions en dialecte vénitien et le caractère des costumes d’une part, d’un autre côté la facture souvent timide, hésitante et d’allure toute florentine, expliquent des hypothèses contradictoires. Faites à Venise ou pour Venise par un artiste florentin d’éducation, sinon de naissance, ces pages joignent à leur valeur artistique un intérêt historique. Il ne semble pas que ce soient véritablement des jeux de cartes ; du moins, les épreuves qui nous sont parvenues, brochées en album et tirées sur papier mince, n’ont pu avoir d’usage pratique et étaient, tout au plus, des modèles pour jeux de cartes. Le caractère des figures ou des allégories qu’elles présentent, ont rendu vraisemblable la pensée qu’elles affectaient une signification morale ou symbolique (fig. 11).

1 Parmi les plus jolies pièces de Gio-Battista del Porto, Lecla [P. 9]. Lécla et ses enfants[B. 3], Europe [B. 4], Galatée [B. 5], Il a tenté une allégorie de Rome [P. 7] et gravé une série curieuse de phénomènes : frères siamois, chat à trois têtes, œuf monstrueux [P. 12].

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Fig. 11. — Le jeu de cartes d’Jtalie. L’Astrologie [B. 46].

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