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VIE DES ARTISTES

sa mort au grand regret de Jolly, conservateur du Cabinet du Roi, qui ne put obtenir du trésor obéré les fonds nécessaires à l’acquérir.

Des amateurs ne s’avisaient-ils pas de manier la pointe ? Quelques-uns faisaient preuve de facilité ou de goût. Carmontelle (1717-1806), 'homme à talents, le fermier général La Live de Jully (1725-1779), le manufacturier J. de Jullienne (1686-1766), ami et protecteur de Watteau, le comte de Paroy (1750-1824), ont gravé. Watelet (1718-1786), receveur général des finances, a gravé plus de 300 pièces, vignettes ou portraits et commencé un Dictionnaire des Beaux-Arts.

Nous avons déjà nommé l’abbé de Saint-Non ; nous citerons bientôt le comte de Caylus, et l’on sait enfin que Mme de Pompadour, guidée par Boucher et par Cochin, a signé une Suite d’ Estampes d'après les pierres gravées de Guay i.

Si nous connaissons mécènes et marchands, nous possédons aussi quelques renseignements piquants sur la vie des graveurs mêmes. L& Journal de Wille, la vie de Le Bas rédigée par Joullain, le Voyage du Havre de grâce par Gaucher, parmi d’autres documents, permettent depénétrer dans l’intimité de ces maîtres aimables.

Tandis qu’ils chantaient les divinités de la Fable et les épisodes de lavie galante et mondaine, ils menaient, faut-il s’en étonner, l’existence prosaïque de petits, de très petits bourgeois, ou plutôt encore celle d’ouvriers d’art. Toujours besogneux, obligés de réclamer à leurs éditeurs des acomptes, ils dépensaient, quand ils se sentaient les poches pleines, sans souci du lendemain, faisaient bonne chère ou achetaient imprudemment des dessins et des tableaux. Leurs élèves vivaient sous leur toit et mangeaient à leur table comme des apprentis. Une excursion à la campagne interrompait parfois le travail et laissait de gais souvenirs. Par contre, la corvée était souvent désagréable d’aller solliciter la protection lucrative d’un grand personnage, ou réclamer l’autorisation de copier un. tableau conservé jalousement en quelque noble galerie.

IX. — Dans la seconde moitié duxvme siècle, au moment du plus grand engouement pour la gravure, de remarquables tentatives furent faites pour enrichir et renouveler la technique. Ces tentatives étaient autorisées par l’exemple de l’Angleterre où, nous le verrons bientôt, le burin et l’eau-forte avaient été délaissés, tandis que triomphaient la manière noire

1 Portalis et Béraldi ( Les graveurs du XVIII * siècle, t. III, p. 634, n. 1) ont compté plus de cent trente graveurs amateurs.

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