‹ La gravureChapitre 143 sur 278 · LES PROCÉDÉS NOUVEAUX · texte numérisé non relu

LES PROCÉDÉS NOUVEAUX

et le pointillé. En France, à quelques années d'intervalle, la gravure en manière de crayon, en manière de pastel, au lavis, à l'aquatinte, en couleurs, se produisirent successivement, destinées à un succès éphémère ou durable.

Les novateurs ne désiraient pas uniquement donner aux artistes des ressources nouvelles. Ils s'ingéniaient souvent à produire mécaniquement des fac simi le de dessins ou de peintures destinés aux amateurs à la bourse légère ou à l’enseignement du dessin. Les deux préoccupations n'étaient pas nouvelles. Sans parler de la gravure en bois et du camaïeu alors presque absolument délaissés1, dès le xvie siècle, les dessins de Heemskerk étaient gravés en fac-similé et, en 1695, l’éditeur Yan Schuppen publia un album de fac-similé de dessins de La Çage. Nous avons déjà cité, par ailleurs, des albums pédagogiques dus à Jean Cousin ou à Callot.

Mais le burin ne rendait rien des repentirs d’un crayon, des frottis presque imperceptibles, du flou savoureux provoqué par le grain du papier, et ces effets auxquels on se fût, jadis, peu arrêté faisaient, pour les amateurs, le charme principal d’un dessin de Watteau ou de Bouclier. On ne traduisait pas davantage un dessin à plusieurs crayons, bien moins encore un pastel, un lavis ou une aquarelle. Autant de problèmes dont la solution fut alors tentée.

J.-C. François (1717-1769) l’inventeur de la manière de crayon, songeait surtout à servir l’enseignement. Il tâtonna, de longues années, avant d’arriver à se satisfaire. Dans une première série de fac-similé, il essayait de donner l’impression du crayon gras par de larges tailles parallèles très pressées, obtenues, sans doute, à l'aide d’un burin strié. Enfin, en 1757, quand il publia X Amour du dessein ou cours de dessein dans le goût du crayon , il était en pleine possession de sa nouvelle méthode. Les fac-similé, faits en grande partie d'après des dessins d’Lisen, ceux qu’il produira ensuite d’après Boucher ou Watteau, arrivent à une vérité qui touche au trompe-l’œil. L’interposition d’un procédé est à peine perceptible. Le grain du crayon, les traits de force, le papier effleuré paraissent transcrits intégralement (fig. 100). . .. <

Comment ces résultats sont-ils obtenus ? Il semble que François se

1 J. -VI. Papillon (1698-1776) s’efforça de régénérer la gravure en bois. 11 grava un nombre énorme de vignettes, fleurons, écussons, eut soin de donner son œuvre au Cabinet des Estampes et publia en 1766 un Traité historique et pratique de la gravure en bois. Sa bonne volonté n'eut aucun succès.

N. Le Sueur (1690-1764) a fait en camaïeu d’excellents fac-similé pour le Recueil d’estampes publié en 1729-1742 par Crozat avec le concours de Mariette et de Caylus.

Page 1