LA MANIÈRE DE PASTEL
adhérer cette poussière. L'acide ne pouvait donc mordre les parties laissées à nu par le pinceau que dans les interstices entre les grains minuscules de résine. De là, un effet analogue à celui donné par les, combinaisons de roulettes.
Les procédés de François furent repris avec un éclat extraordinairepar Demarteau (de Liège) (1722-1788) qui se vantait volontiers et mensongèrement de les avoir découverts. Demarteau était plus artiste que François ; plus hardi, il savait mieux plaire. 11 employa systématiquement les tirages à l'encre rouge imitant la sanguine, parce que très agréable à J’œil. Élève de Boucher, il reproduisit admirablement les. crayons de son maître, il ne négligeait pas non plus les publications, pédagogiques et vendait de grandes et prestigieuses académies. Il était impossible de faire mieux en ce genre, mais on pouvait songer à des effets. noLiveaux. Il ne fut pas malaisé, pour imiter les dessins à plusieurs, crayons, de graver une planche en noir et l'autre en rouge, et de les. superposerai! tirage, par des repérages précis (fig, 101). Demarteau obtint par cette méthode des résultats exquis : des scènes champêtres d’après- J. -B. Huet sont des trompe-l’œil jolis et parfaits.
François avait eu l’idée de reproduire, sur papier teinté, à l’aide dedeux tirages, l'un en blanc, l’autre en noir, l’effet d’un crayon rehaussé de craie. Demarteau reprit ces essais et Bonnet (1713-1793) qui obtînt des résultats d'une fraîcheur singulière avec ce procédé, en tira la gravure en manière de pastel. Il lui suffit de beaucoup de patience: il gravait en manière de crayons autant de planches qu'il voulait rendre de tons, et les superposait au tirage.
On peut suivre son travail dans un recueil unique qu’il avait lui-mêmepréparé pour le Roi et que conserve la Bibliothèque de l’Arsenal : c’est une suite de huit planches, pour un portrait d’après Boucher (1769). Les. pastiches de Bonnet sont fort agréables et il arrive, en particulier, par le tirage en blanc, à donner un aspect vaporeux qui crée l’illusion.
Malgré la perfection vite atteinte, la manière de crayon et la manière de pastel eurent une carrière très brève ; elles disparurent avec la réaction davidienne, et plus tard, la lithographie et les procédés mécaniques modernes plus rapides et moins coûteux en ont empêché la réapparition1.
François, après avoir imité le crayon, avait tenté la reproduction d’un
1 De très beaux fac-similé ont cependant été exécutés pour la chalcographie du Louvre à l’aide de procédés analogues à ceux du xviii0 siècle par Alph. Leroy.