SERGENT. LA RÉACTION ANTIQUE
manière noire un beau portrait de Lafayette (1791) et composé, dans sa technique favorite, un Almanach national , véritable merveille : devant la table majestueuse où s'alignent les jours, une marchande de journaux et ses clients composent le groupe le plus spirituel, le plus pittoresque. Pourquoi faut-il que Debucourt, dont l’activité va se prolonger ou se traîner pendant quarante ans, n’ait jamais retrouvé, parmi tant de travaux, dont quelques-uns furent honorables, l’étincelle qui avait jailli si vive dans les pages de sa jeunesse?
La pléiade des graveurs en couleurs se complète par Alix (1752- 1809) qui a fait, sans imprévu, de très bons portraits et par Sergent Marceau (1751-1847). Beau-frère de Marceau et très fier de cette alliance, conventionnel et montagnard, Sergent était un tempérament excessif, en même temps qu’un artiste excellent. Dessinateur et graveur, lui aussi, au début, il se souvenait encore du temps des fêtes galantes et publiait en 1789 une estampe légère : Il est trop tard. Les petites pièces qu’il a imaginées pour les Tableaux des révolutions de Paris sont vivantes et spirituelles (fig. 130), il a fait une excellente efligie de sa femme, et le grand portrait de Marceau est une page maîtresse de la gravure en couleurs.
Sous cette forme unique s’était conservé quelque chose du désir de plaire qui avait animé le xvme siècle; mais elle allait disparaître à son tour et laisser, sans partage, la place à l’art intransigeant patronné par David.
XI. — Le triomphe de David avait été, on le sait, préparé par un travail général. La gravure eut une part importante dans cette évolution du goût qui lui fut si funeste. Le célèbre comte de Caylus (1692-1765) dont l’influence fut si considérable, était aquafortiste amateur, plus laborieux, au reste, que bien des professionnels. Il consacrait volontiers sa pointe à reproduire des dessins des maîtres anciens et modernes, de Léonard, de La Fage, ou de Watteau; publiait les Cris de Paris de son ami Bouchardon. Mais, et c’est ce qui nous importe particulièrement ici, avec le concours de Bouchardon, il préparait le Recueil d' antiquités égyptiennes , étrusques , grecques et romaines (1752-1767) et le Recueil des pierres gravées qui devaient former pour la cause antique de formidables armes de combat.
Les Antiquités étrusques , grecques et romaines (1766-1767) gravées par A. -J. Cardon (1739-1813) de Bruxelles, pour H. d’Hancarville, VAntiquité expliquée et représentée en images (1719-1772) par Montfaucon,