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LA MANIÈRE NOIRE EN FRANGE

quables, surtout une image très vivante de Massillon (1703). Bernard Picart (1673-1733) fut plus habile encore (fig. 109).

Fig. 110. — Mac Ardell. La duchesse de Malborough, d'après Reynolds (réduit).

Enfin, dominant tout ce groupe, apparaît Sam. Bernard qui, à lui seul, assurerait, aux confins du xvme siècle, la supériorité de la France dans la manière noire. Ses copies d’après Corrège; le. Guide ou Rembrandt

sont excellentes et témoignent à la fois d'une grande habileté, d’une intelligence très fine des manières et d’une rare souplesse. 11 a signé, de Louis XIV (1692) et de Monseigneur , le grand dauphin, de frappantes effigies. Ainsi que B. Picart, S. Bernard finit sa carrière en Hollande.

De tels artistes justifiaient la manière noire et lui donnaient parmi les arts droit de cité, mais en Allemagne la sève était épuisée; les Pays- Bas aspiraient au repos; en France les procédés traditionnels étaient trop forts et, peut-être aussi, les aspirations inclinaient-elles à des méthodes plus alertes. Pour que la manière noire s’épanouît, il fallait qu’elle s’implantât dans un terrain quasi neuf. Ces conditions exceptionnelles, elle les rencontra en Angleterre.

IY. — L’Angleterre, dès la fin du xve siècle, avait montré dans la gravure la même infériorité et la même indiflérence que dans les autres arts. William Gaxton, qui imprima à Westminster, en 1477, le premier livre anglais, quand il s’était avisé d’illustrer un ouvrage, n’avait, édité que des bois grossiers. Au siècle suivant on pourrait citer avec peine quelques graveurs obscurs occupés à composer des frontispices. Simon de Passe, qui vécut plusieurs années à Londres au début du xvne siècle, communiqua les procédés laborieux de sa famille à des élèves, Elstracke, Delaram, John Payne (1606-1648) , dont les productions n’intéressent que Piconographie et l’histoire.

Wenzel Hollar, de Prague (1607-1677), chassé de son pays par la guerre, fut amené en Angleterre par le comte d’Arundel. La chute de Charles Ier l’obligea à s’enfuir à Anvers; il revint à Londres lors de la restauration de Charles II, et y demeura jusqu’à sa mort. C’était un artiste singulier; très habile aquafortiste, il dessinait tout ce qui se présentait à ses yeux, beaucoup moins soucieux d’obtenir un effet d’art que de fixer un souvenir. Il a laissé une œuvre énorme, dont la plus grande partie est dépourvue de valeur, dont quelques pages sont gravées avec une extrême finesse. Ses copies d’après la galerie du comte d’Arundel, son protecteur, méritent peu d’attention; ses vues de villes, trop souvent, ne sont que des documents historiques ; par contre, les suites de costumes féminins anglais ou internationaux, qu’il publia à Londres en 1640 et 1644 affirment son talent d’observateur, et surtout quelques types de turcs, de nègres, de sauvages américains, estampes minuscules, méritent de le sauver de l’oubli.

Hollar eut très peu d’inlluence, et le premier graveur de talent de

mm

Fig. dii. — Thomas Watson. Portrait de lady Bampfylde (1777), d'après Reynolds

(très réduit).

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