CARACTERE EXCLUSIF DU PORTRAIT
cherché à accentuer davantage leur personnalité, s’ils avaient pu soupçonner l’engouement qui devait un jour s'attacher à leurs estampes; mais ces estampes, que l’on couvre aujourd’hui d’or, que l’on estime souvent autant ou plus que les tableaux qu’elles reproduisent, se vendaient, à leur apparition, un prix minime, depuis 1 schelling 6 d. jusqu’à 10 scliellings, selon leur dimension; à peu près ce que nous payons aujourd’hui une bonne héliogravure. On cherchait à répondre au goût des acheteurs et non à faire preuve de génie.
L’hégémonie de Reynolds eut enfin ce résultat de cantonner presque exclusivement lesgraveurs dans le portrait. Ce sont des portraits superbes, délicieux; aucun d’eux n’est indigne du portefeuille des collectionneurs; tous ils provoquent, dans les ventes publiques, des enchères sensationnelles. Mais enfin la manière noire aurait pu recevoir des applicationsplus larges. Lorsque Richard Earlom (1743-1823) exécutait ses célèbres Fleurs d’après Van Huysum, ou copiait un paysage de Hobbema, ne faisait-il pas un heureux usage de son talent? Ne serions-nous pas, surtout, bien aises de voir, dans leur intérieur, dans leurs travaux, dans leurs plaisirs, ces héros dont on ne nous donne que lés portraits séduisants? Nous voudrions connaître le côté élégant de la vie dont Hogarth a clamé la satire. Quelques portraits groupés, de rares scènes de genre : la Diseuse de Bonne aventure d’après Beechev (1786) et le Montreur d’après Hoppner (1787) gravés par John Young (1733-1825) ne suffisent pas à notre curiosité. L’ Exposition de la Royale Académie en 1171 et Y Intérieur du Panthéon . (1772) de Richard Earlom, malgré leur médiocrité, le Modèle vivant à la Royal Academy , belle pièce du même artiste d’après Zoffany, la Machine pneumatique , magnifique morceau de Valentine Green (1739- 1813) d’après J. Wright (1769 prennent un intérêt exceptionnel.
Ces regrets exprimés, abordons l’examen des artistes. Ici, on est débordé par le nombre : il est impossible de nommer tous ceux qui atteignirent la maîtrise; plus impossible encore d’énumérer les pages, même capitales. Il faut en prendre son parti, renvoyer les curieux aux catalogues, se contenter de courir sur les sommets.
Mac Ardell et R. Houston étaient Irlandais. D’autres Irlandais les suivirent. Fisher (1730-1785), artiste inégal, tombant parfois dans le noir ou dans le gris, lit un bon portrait de Sterne. J. Dixon (1730-après 1800) l,. qui travailla irrégulièrement, se recommande parles portraits de Robertsori
1 Les dates des graveurs en manière noire sont très imparfaitement connues. Nous avons, emprunté nos chiffres au catalogue de S. Colvin.
Fig. 115. — James Watson. La duchesse de Buccleugh et sa fille, d’après Reynolds,
(très réduit).