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LES GRANDS MAITRES DE LA MANIÈRE NOIRE

(1772) j du duc de Leinster (1775), du comte d e Pembroke, de la duchesse A’ Ane aster . James Watson (1740-1790) est le plus fécond et le plus puissant du groupe irlandais ; vigoureux, ample, il nous présente, parmi d'autres, les portraits de l'amiral Rodney, de Bartolozzi, de Reynolds lui-même, la famille du Comte de Pembroke, le portrait allégorique, Allegro. Catherine Bunbury , Lady Car p enter. Miss Kennedy (1771) 1 se distinguent dans la foule élégante que dominent les duchesses de Bucclengh , de Cumberland , de Malborouyh (1768), joyaux d'une suite à laquelle plusieurs maîtres ont collaboré, la suite célèbre des a duchesses ».

A présent les Anglais prennent le pas. Thomas Watson (1750-1781) est T auteur delà plus recherchée de toutes les estampes en manière noire : Lady B ampfylde (1777) (fig. 111) ; il a signé aussi la charmante pièce, la Duchesse de Gloucester enfant jouant avec son chien (1774), et accusé d'une facture vigoureuse, virile les effigies de Warren Hastings (1777) ou de Garrick (1779). Son ami William Dickinson (1746-1823) a gravé le portrait de Lady Charles Spencer (1762) en costume d’amazone et, d'après Romney, le grave portrait de Lord Thurlow (1800).

Trois pièces empruntées à trois maîtres différents : la Signora Bacelli (1784) d'après Gainsborough, la délicieuse Mrs Daoenport (1784) d’après Romney, l'armateur John Barker (1786) d’après Reynolds, classent John Jones (1745-1797) comme un maître original et libre.

Richard Earlom est, de tous ces artistes, le plus divers, tant par les peintres qu’il a traduits que par les sujets qu'il leur a empruntés. Nous l’avons déjà signalé comme auteur de scènes de genre ; portraitiste, il doit à B. West ou à Zoffany le modèle de beaux morceaux : Una { 1772), la Famille royale d' Angleterre.

Valentine Green, qui a donné la célèbre Cynthia (1783) (fig. 112), et la belle Duchesse de Devonshire , est un des plus distingués, des plus sobres, des plus décisifs traducteurs de Reynolds; il faudrait citer son œuvre presque entier, et l’on renonce aussi à choisir quand on arrive à John Raphaël Smith (1752-1812).

Chez ce dernier, tout est excellent ; pas une page n est indifférente ou médiocre : nulle main plus sûre, nulle plus souple. On est arrêté, à cause du nom du héros, par le Duc d Orléans (Philippe Égalité,) par le Prince de Galles d'après Gainsborough (1783), à cause de l’étrangeté du type, par le chef indien Tayadanega d'après Romney (1779) ; on admire la jolie Lady

1 D’après Read.

Fig. 116. — J. R.Smith. Portrait de miss Stanhope, d’après Reynolds (très réduit).

LES MÉRITES d'uNE MANIÈRE NOIRE

Beaumont (1781), les grâces enfantines de Miss Montagu (1776). Le portrait de la célèbre Lady If a mil ton (1 784) en bacchante joint à d'autres attraits le tirage en couleurs qui le rend plus séduisant (fig. 113). On pourrait, pour des raisons diverses, épuiser l'œuvre tout entier.

Sans avoir atteint cette supériorité continue, Joseph Grozer (1775avant 1800) mérite une mention spéciale, pour avoir cherché des moyens d'expression personnels, moyens vigoureux, violents, qui le font, parmi tant d’artistes peu différenciés, aussitôt reconnaître. La Mère et l'enfant (1787) est un exemple typique de sa facture (fig. 114).

Les élèves de J. -R. Smith : William Ward (1766-1826) et son frèrç James .(1769-1859), Charles Howard Hodges (1764-1837), S. W. Reynolds (1773-1835) continuèrent les traditions de la manière noire et lient le xviii6 siècle sans interruption avec le xixe. Reynolds était mort en 1792, ils se mirent au service de ses successeurs. Tout d'abord ils modifièrent peu de chose à leur allure, les pièces que les Ward ont signées sont comparables aux meilleures que l’on eût produites jusque-là. Nous définirons plus tard l’évolution dont l’œuvre de Hodges, de S. W. Reynolds, porte témoignage.

La séduction qu’exercent les belles manières noires sur le public tient tout d’abord au charme extraordinaire des œuvres qu elles ont popularisées. C’est l’art prestigieux de Reynolds, de Romney, de Gainsborough que l’on admire et aussi, bien souvent, l’élégance et la beauté de leurs modèles. Aucun de ces mérites ne laisse l’amateur indifférent mais de plus, il essaye de discerner les mérites propres du graveur et il en tire des joies nouvelles.

S’il regarde La duchesse de Buccleugh et sa fille (fig. 115), il sait que la composition, la présentation de ce groupe aimable dans un paysage, le paysage même, les chiens qui jouent au premier plan et la grande draperie qui couronne la scène, sont les marques du génie de Reynolds. Mais la transcription des harmonies colorées par les gammes du blanc au noir, la variété des travaux qui rendent les draperies, les étoffes, permettent de distinguer le pelage de deux chiens et mettent en valeur les carnations, la franchise et l’unité d’effet : tout cela témoigne le talent de James Watson.

J. Raphaël Smith nous transmet, comme un écho fidèle, la mélancolie de Mrs Stanhope, à laquelle s’associe le charme languide du soir (fig. 116). Avec quel art d’équivalence, il exprime le flou, la morbidezza du paysage, oppose à l’imprécision du fond la facture vigoureuse de la tête, conserve les intentions du pinceau, les pensées secrètes et les faiblesses du peintre.

Fig. 117. — Dunkarton. Portrait de lord Lifford, d’après Reynolds ^très réduit).

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