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LE POINTILLÉ

Si le portrait de Lady Bampfylde (fig. 111) est le chef-d'œuvre de Thomas Watson et la gloire de la manière noire, c'est parce que le graveur a triomphé avec un brio impeccable de toutes les difficultés que le peintre lui avait ménagées. Eclat de la lumière, blancheur des lis, écorce argentée des bouleaux, miroir des eaux, suavité des carnations, toutes ces fraîcheurs que la couleur diversifiait facilement et qu'il fallait diversifier sans la couleur, Th. Watson les a rendues avec puissance, en grand artiste.

Faut-il, à présent, voir un graveur aux prises avec un tableau grave, sévère, majestueux, regardez le portrait de Lord Lifford^ar R. Dunkarton (1744-avant 1817) ; le procédé a autant d’ampleur qu'il avait naguère de jeunesse, de frivolité 1 (fig. 117).

Vil. — En 1764, au moment même où Reynolds donnait à la manière noire une impulsion décisive, un jeune Florentin, Bartolozzi, venait en Angleterre tenter la fortune. Bartolozzi (1735-1813) adopta une méthode dont le succès fut énorme, mais dont la durée fut très courte et qu'on appelle le pointillé.

De tous temps il s'était trouvé parmi les graveurs des artistes qui modelaient les parties délicates, les chairs en particulier, par des jeux de points plus ou moins marqués ou espacés. Au xvne siècle, Jean Morin ou Suyderhoef avaient ainsi procédé. Bartolozzi systématisa cet usage et produisit des estampes exclusivement gravées par points.

Le pointillé s'obtenait avec des roulettes, des burins, des préparations analogues à celles qui servent à l'aquatinte. Le maniement en était aisé et rapide. Il se prêtait aux effets de douceur, de suavité, de flou. Par contre, il manquait de précision, d'accent, cle variété. La planche encrée à la poupée en plusieurs couleurs donnait des épreuves d'une coloration très légère, un peu molle, et qui sont aujourd'hui recherchées par les collectionneurs.

Doué d'une grande facilité et encouragé parla vogue, Bartolozzi produisit énormément et d’une façon très inégale. Les compositions allégoriques qu'il gravait d'après son compatriote Cipriani ou d'après Angelika Kaufïmann, tirées avec une encre d'un ton rose ou sanguine qui les affadit encore, ne nous retiennent plus ; portraitiste, soutenu par Reynolds, Cosway (fig. 121) ou Lawrence, il est joli ou charmant.

1 Un anglais R. Brookshaw (1735-18?) vint s’établir en France vers 1773 et y publia avec succès plusieurs portraits à la manière noire, entre autres ceux de Louis XVI et de Marie- Antoinette.

Fig. 118. — Bartolozzi. Porlrait de miss Farren (1792), d'après Lawrence,

(très réduit).

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