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LES CARRACHE

Charles-Quint [B. 255] par Vico, ce dernier figuré dans un encadrement somptueux, ont marqué la voie à nos portraitistes de xvne siècle.

Y. — Cependant, à mesure que le xvie siècle s’avançait, les traditions Marc-Antoine paraissaient de plus en plus étroites. L’Italie ne se souciait plus de sobriété ni d’exactitude, et le concile de Trente avait enrayé la vogue du paganisme. Chez les derniers imitateurs de Marc-Antoine se manifeste comme un malaise : facture bizarre et tourmentée de Georges Gliisi, tendance nouvelle à la facilité, à la grandiloquence chez Diana Scultori. Une évolution se prépare à laquelle vont présider les Carrache.

Les Carrache donnèrent à une époque frivole et emphatique le genre de gravure qui lui convenait. Tous ils manièrent le cuivre, mais, en ce point, ce fut Augustin le chef d’école.

Il y avait à Bologne une vieille tradition de gravure. Les Francia l’avaient constituée; Marc-Antoine l’avait reçue tout d’abord, d’autres l'avaient perpéluée : Passaroti (f 1592), Procaccino, (1546-1626), et D. Tibaldi (1541-1583), qui fut le premier maître d’Augustin Carrache. A leurs enseignements, celui-ci joignit l’étude des estampes de Marc- Antoine; il fut surtout influencé par les recettes de C. Cort (1530-1578).

Cornelis Cort était Hollandais; il importa par delà les Alpes la manière ample, large, lâche et prestigieuse qu’avaient adoptée ses compatriotes. Un moment, il travailla pour Titien, s’établit ensuite à Rome et y obtint un succès rapide. Médiocre et fécond, il multiplia les copies de bravoure d’après les maîtres à la mode, Titien, Raphaël, Zuccari ou Yasari ; touchant au passable, tombant au pire. Augustin Carrache dégagea de cette rhétorique médiocre les procédés capables de séduire des yeux fatigués de la manière peinée de Marc-Antoine.

Esprit vigoureux, désireux de puissance, ne trouvant jamais de page trop grande pour s’exprimer, capable de graver des compositions colossales, comme Y Adoration, en sept planches, d’après B. Peruzzi, Augustin Carrache fut préservé de l’emphase creuse et du bruit vide, par sa sincérité de rhéteur, et aussi par le commerce avec les grands Vénitiens qui lui communiquèrent quelque chose de leur magnifique redondance. Il leur dut quelques-unes de ses meilleures inspirations et traduisit dignement la Crucifixion de Tintoret à San Rocco [B. 23].

Il ne se borna pas à copier des tableaux ; il fut aussi un portraitiste, esquissant des médaillons de petite dimension, ou faisant de grandes pièces à riches bordures. Son chef-d’œuvre en ce genre est la célèbre image qu’il traça de Titien (fig. 14) . Il illustra des livres et composa, pour de

Fig. 14. — Augustin Carrache. Titien. [B. io4] (ti\ s réduit).

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