L'ÉVOLUTION. — CALAMATTA
Son élève, Achille Martinet (1806-1877) conserva ses méthodes. Distingué, sec et impassible, le temps écoulé ne se manifeste chez lui que par un travail plus léger, une écriture plus discrète. La Madeleine d'après. Le Sueur, Y Apothéose d'Homère d'après Ingres, maintenues dans une tonalité très claire, attirent par leur froideur voulue. La Madone du grand-duc (1838) les Honneurs rendus aux comtes d'Egmont et de Horn d'après Gallait (1837) s'affilient étroitement à la tradition. Plus près de nous, Gustave Bertinot (1822-1888), lorsqu'il reprend en 1873 la Belle Jardinière, se sert presque de la même langue dont usait, pour le même objet, Boucher-Desnoyers en 1803 h
Cependant, dès le jour où l’école de David se vit attaquée, de nouvelles influences avaient agi sur le burin, non, sans doute, celle des Romantiques purs, beaucoup trop éloignés pour se faire écouter, mais celle des demi-réformateurs comme Paul Delaroche et surtout celle d'Ingres.
Les idées d'Ingres devaient avoir un retentissement très général, et nous en avons déjà signalé le contre-coup sur des classiques attardés comme Martinet. Elles furent directement appliquées à la gravure par Calamatta. Galamatta (1801-1869) était Italien, mais par son activité et par ses élèves, il ne peut être séparé de l'histoire de l'art français. Interprète d'Ingres, sa planche du Vœu de Louis XIII fit sensation en 1837 et, trente ans plus tard il achevait sa carrière par la Source (1867). Servi par un beau talent de dessinateur dont témoignent ses portraits d'Ingres et de George Sand, il porta dans le burin la même discrétion, la même sobriété d'effet que son modèle faisait régner dans son art. Les belles tailles, l’étalage technique auraient été, ici, des contre-sens. Calamatta dissimula ses moyens ; il évita aussi ce modelé de pratique dont Ingres avait horreur ; il visa à la fraîcheur et à la simplicité. D'accord avec Ingres, Calamatta ramenait l'attention vers le xve siècle italien : dès 1838, il gravait la Innamorata de Botticelli et reproduisait aussi le portrait de Masaccio. En 1837, il publiait sa Joeonde , en 1868 la Vierge à la chaise. 11 a, enfin, donné d'irréprochables fac-similé des crayons d'Ingres.
HenriqueJ-Dupont (1797-1892) avait reçu les leçons de Bervic, mais il réagit contre cette discipline et, après des tâtonnements multiples, il choisit une formule analogue à celle qu'avait, adoptée en peinture Paul Delaroche, son modèle favori. Il rejeta toute apparence de travail régulier
1 11 a. (Tailleurs, été souvent moins impassible. Hérodiade d’après Luini (1838), Cherubini d’après Ingres et surtout les disciples d’Emmaüs d’après Titien (1883) ont une allure moins inhumaine.