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LES LIMITES DU BURIN

belles tailles rangées, plus de croisements méthodiques, un effort d’abnégation et d’intelligence. Le domaine du burin semble s’être rétréci : la peinture contemporaine ne lui livre qu’exceptionnellement des modèles aptes ; mais ce fait contingent n’est pas une loi, et un retour du goût public peut lui rendre une activité plus large. Elle reste, du moins, le procédé d’élection pour exprimer la statuaire; certaines périodes du passé réclament son concours. Sa vitalité s’affirme par les œuvres de M. Patricot dont la production est déjà considérable, de M. Sulpis qui grave en ce moment le Printemps de Botticelli, de M. Majeur, de M. Corabœuf.

III. — Le burin, qui réclame volontiers la prééminence parmi les arts de reproduction, n'a jamais prétendu répondre seul aux demandes du public. Il est lent et notre existence est chaque jour plus rapide. Il n’est pas prudent de consacrer plusieurs années à la traduction d’un tableau dont le succès aura été bruyant et parfois éphémère. M. Waltner a remporté un triomphe avec le Christ devant Pilate au moment de l’engouement pour Munkaczy; s’il avait attendu pour produire son estampe, il eût trouvé l’opinion indifférente ou hostile. La Chalcographie est patiente ; mais les sociétés d’amateurs, les éditeurs d’estampes et surtout les Revues d’art, qui sont les vrais mécènes de la gravure en ce temps-ci, demandent à être satisfaits sur l’heure. M. Léopold Flameng serait peut-être demeuré buriniste, si sa collaboration à la Gazette des Beaux-Arts ne l’avait mis dans la nécessité de produire beaucoup et vite. Le burin ne permet qu’un nombre restreint d’ouvrages, et les artistes contemporains sentent le besoin de se tenir en contact constant avec un public oublieux et distrait; leurs intérêts matériels les obligent du reste à se prodiguer. L’estampe en taille-douce est, d’autre part, coûteuse et le public veut des images à bon marché.

La taille-douce, par ailleurs, admirable partout où domine la ligne, se plie mal à traduire le flou, la couleur. Avec les Vénitiens, les Anglais, les Hollandais elle est mal à l’aise et si, dans le passé, des écoles entières lui répugnent, le xixe siècle, dans ses tendances successives, lui a souvent été hostile. Le romantisme, le naturalisme, l'impressionnisme ont enfanté tour à tour des chefs-d’œuvre dont le burin ne pouvait donner l’équivalent.

Toutes cos raisons ont suscité au cours du xixe siècle, parallèlement au burin, divers systèmes de transcription de valeur inégale, et qui ont produit à leur heure, des pièces importantes ou capitales : tout d’abord le

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