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LA LITHOGRAPHIE

contre le burin. En vain il copia la Sainte Famille de Raphaël, d’après Edelinck (1838). Dans cette lutte inégale où elle ne pouvait développer ses qualités propres, la pierre devait nécessairement avoir le dessous. Sudre (1783-1866), qui interpréta Ingres, tomba dans la même erreur.

La lithographie triompha, au contraire, lorsqu’elle s’attacha aux ouvrages chez lesquels la pureté de la ligne jouait un rôle subordonné. Pour exprimer le flou et les réticences de Prudhon, pour garder le clair-obscur de Rembrandt ou les violences de Ribéra, pour opposer des taches vigoureuses, elle se montra instrument de premier ordre. Les grands romantiques ne connurent pas de meilleur auxiliaire. Delacroix, qui déconcertait le burin, se prêta à son langage ; elle dit la palette truculente de Decamps et offrit au paysage de Rousseau, de Dupré, aux fantaisies de Diaz un miroir adéquat. L’œuvre d’Eugène Leroux (1811-1863), de Mouilleron (1820-1881) abonde en pages savoureuses, chaudes, vigoureuses, excellentes. Delacroix, Decamps (fig; 143) leur doivent une parcelle de leur gloire ; Adrien Guignet n’est guère connu que par eux. Mouilleron a popularisé la Mort de Léonard de Vinci de Jean Gigoux et l’œuvre presque complet de Robert Fleury. Il a donné de la Bonde de niât une version originale.

La verve est déjà moins abondante, moins colorée, plus étroite chez Jules Laurens (1823-1901) qui préconisa, ainsi que le peintre Français, les productions de Théodore Rousseau et des autres maîtres de Fontainebleau. Et l’on a aussi l’impression pour A. Sirouy (1834-1904), excellent interprète de Prudhon, pour Émile Vernier (1829-1887), truchement de Courbet et de Millet, pour M. Maurou (1848) qu’ils ont eu le tort devenir trop tard, dans un moment où la lithographie originale avait perdu son prestige et le sens de ses destinées.

VI. — Dans le dernier quart du xixe siècle, lorsque les illustrateurs sur bois eurent inauguré une technique nouvelle, taille en teinte ou d’interprétation b il parut possible et même aisé d’aborder la traduction des œuvres peintes. Tony Beltrand (1847-1904) MM. S. Pannemaker (1847), Baude (1853) Gusman, Ruffe (1864) ont obtenu dans la transcription des chefs-d’œuvre anciens et des tableaux contemporains des résultats dont la perfection a eu trop longtemps un caractère impersonnel. Au demeurant, le procédé est d’un tirage très facile et d’un prix très modique.

1 Voir plus loin, même livre, chap. iv, p. 394.

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