LE BOIS
l’eau-forte
VII. — Le grand, le véritable instrument d’interprétation de notre époque c’est l’eau-forte.
L’eau-forte, depuis longtemps, avait servi aux burinistes pour ébaucher leur planche, et ces préparations qui au xvme siècle avaient une très grande
importance, recommencèrent à jouer un rôle capital avec Henriquel-Dupont. Mais l’idée d’une traduction par l’eau-forte pure se trouva tout d’abord écartée par des préjugés esthétiques, par la disparition des traditions des manipulations mécaniques et aussi par la vogue de la lithographie : les eaux-fortes dont Alexandre Decamps fit illustrer son Salon de 1834 h
1 Voir môme livre, chap. m, p. 337.
PRÉDILECTIONS DE l’eAU-FORTE
celles que publièrent parfois Y Artiste et les Beaux-Arts n'étaient pour le public, que d’intéressants aide-mémoire. C’est seulement lorsque les artistes originaux eurent ramené les esprits vers l’eau-forte et qu’ils eurent constitué un personnel d’imprimeurs exercés, à l’heure où la lithographie était discréditée, que se produisirent des aquafortistes traducteurs.
Le grand mouvement commença vers le milieu du siècle et son succès alla désormais s’accentuant jusqu’au moment où tout eut cédé devant lui. Parmi les initiateurs on peut citer le peintre Yeyrassat 1828-1893). Ed. Hédouin (1820-1888) fut un des premiers sur la brèche et un des travailleurs les plus féconds. Un artiste que son talent, d’ailleurs honorable, n’aurait pas mis hors de pair, Léon Gaucherel (1816-1886), rendit à la cause de l’eau-forte les plus grands services par son activité, son énergie, son autorité personnelle auprès du monde artistique officiel, ses nombreux élèves et aussi comme directeur du journal L’Art.
Nous avons dit les raisons générales qui devaient assurer le succès d’un procédé facile, rapide et relativement peu coûteux. L’eau-forte devint pour les publications artistiques un auxiliaire de premier ordre ; elle permit d’illustrer les catalogues de vente. Enfin à un public fatigué par l’aspect froid, métallique et gris de la taille-douce, elle offrit la séduction de ses noirs profonds et de sa riche gamme de tonalités.
Les aquafortistes traducteurs témoignèrent naturellement une prédilection pour les maîtres coloristes, mais, comme ils n’étaient pas libres de choisir leurs modèles, qu’ils étaient appelés à transcrire les œuvres en possession de la faveur publique, ou les morceaux anciens sur lesquels un écrivain ou les circonstances ramenaient l’attention, ils abordèrent tour à tour les originaux les plus dissemblables. Ils déployèrent et ils déploient, sous nos yeux, la plus rare souplesse, capables de passer des dessinateurs les plus secs aux coloristes les plus riches, capables aussi de rendre, avec une parfaite intelligence, la nuance d’expression des siècles et des écoles d’art les plus opposés. Quelquefois, pressés par le temps, contraints par un format trop réduit, ils ont dû borner leur ambition à indiquer les traits essentiels et l’esprit de l'œuvre qu’ils évoquent; parfois au contraire, libres du choix des dimensions, ils ont tenté à loisir des interprétations complètes. Esquisses sommaires ou évocations totales leur ont également réussi : il suffira de rappeler la Salomé d’Henri Régnault résumée par Rajon et traduite par M. Waltner.
La postérité sera certainement frappée du nombre d’artistes de talent et de l’intensité de leur production. L’œuvre d’un Léopold Flameng est colos-