DAUMIER
la facture, et son exécution est étroite, précise, rarement savoureuse. Il avait débuté en 1828 par les Métamorphoses du jour et revint, apres 1835, à ce sujet favori dont il abusa : des personnages à tête d'animaux, symboles des passions et des vices. Les Scènes de la vie privée et publique des animaux eurent un grand succès dans la bourgeoisie. Il se consacra ensuite, surtout, à l'illustration.
Sur ce groupe, Daumier (1808-1879) se détache en vigueur. Il n’est plus besoin aujourd’hui de proclamer le génie de celui que ses contemporains prirent pour un artiste frivole et qui fut un des plus grands maîtres du siècle. Polémiste politique, sa passion n'est pas seulement véhémente, généreuse, vengeresse, elle s'exprime par les formes les plus personnelles et les plus puissantes et, si le trait frappe à fond, c'est qu’il a été forgé de main d’ouvrier. Cette qualité singulière assure la pérennité à des pages nées des hasards de la lutte journalière; elles ont survécu parce qu'elles furent des œuvres d'art. Le Ventre législatif [Loys Delteil, 306] Enfoncé Lafayettel (1834) [L.D. 309], \z Malade (mV)[V.X) . 273], tant d’autres pages se sont imposées par ce caractère. La Rue Trans nonain (1834) [L. D. 310] atteint le sublime (fîg. loi). Un dessin brutal, sommaire, éminemment compréhensif, une reconstruction originale de la forme humaine, un sentiment exceptionnel de la composition colorée, noirs profonds d'où jaillissent des blancs soigneusement ménagés, voilà les joies que donne une estampe de Daumier. Nul n’a manié mieux que lui le crayon lithographique. Daumier renonça à regret à la satire politique; il devait la reprendre en 1848 et la diriger surtout contre Bonaparte, avant d'être réduit une seconde fois au silence. Il se retourna contre la bourgeoisie, attaqua, à travers Robert Macaire, la finance véreuse, poursuivit de ses sarcasmes la laideur physique et la pauvreté intellectuelle, multiplia les railleries avec une insistance inlassable, sans jamais faire oublier ses premiers chefs-d'œuvre.
Bien différent de Daumier, Gavarni (1804-1866) n'apporta pour les faiblesses humaines qu’indulgence et sourire. Il avait débuté par des gravures de mode et ne songea d'abord qu'à mettre en valeur le don incomparable qu'il avait d’imaginer costumes élégants (fig. 152) et travestis spirituels. Des difficultés pécuniaires, un séjour de quelques mois, en 1833, à la prison pour dettes de Clichy, l'avertirent du rôle social de l’argent et le détournèrent du souci exclusif des mondanités, sans cependant lui donner d'amertume. Dès lors il fut le confident des Fourberies des femmes , des plaisanteries des rapins, de la gaîté des étudiants et des lorettes, des