SES
AQUAFORTISTES C O N T E M P O R A I N S
bustes à’Antonin Proust ou de Henri Becque et le masque génial de Victor Hugo.
Avec la pointe sèche qui effleure à peine le cuivre, M. Helleu définit l’élégance frêle des parisiennes et son succès s’affirme par le nombre de ses imitateurs et de ses plagiaires. La pointe sèche, enfin, avec le concours très léger de l'aquatinte, est le mode d’expression favori deM. Louis Legrand dont la technique très raffinée et constamment modifiée s’applique à nous faire connaître les bas-fonds sociaux et les grâces équivoques des ballerines.
Quant à l’eau-forte classique, elle se défend aujourd'hui par des artistes qui ont volontairement limité leurs moyens, pour donner à une langue plus sobre un accent plus incisif. Une telle pureté comporte une richesse singulière ; en s’interdisant tout artifice, la pensée se met en valeur. Par ce mérite se recommandent les estampes de M. Béjot ou de M. Beurdelev. Ainsi procèdent aussi M. Aug. Lepère, M.Daucliez, M. Lehe utré ou M. Albert Besnard.
M. Auguste Lepère, graveur professionnel, met une science très sûre au service d’une sensibilité très riche. Les paysages aux vastes horizons, les aspects imprévus des villes, les jeux de la lumière, la vie grouillante des foules sont notés avec une précision d’autant plus admirable qu elle -enserre souvent des émotions imprécises.
M. André Dauchez trouve dans l’eau-forte, plus complètement encore que sur la toile, l’application de ses belles qualités, composition large, vision lucide et âpre. Ses paysages gravés ont une gravité, une loyauté d’expression singulières.
M. Albert Besnard a transporté à la gravure son imagination créatrice et sa compréhension vive des échanges que la lumière opère entre les niasses colorées. Son originalité éclate à se manifester par des moyens très simples. La pointe zèbre la planche de traits légers et serrés, et souvent ce travail seul suffit à l’artiste. Qu’il étudie des chevaux, qu’il représente tel groupe ou telle scène familière, ou qu’il reprenne le thème jamais épuisé de la Danse macabre, l’estampe qu’il signe est, tout d’abord, un morceau savoureux, une sensation exquise pour les yeux.
Le plus puissant des graveurs actuels est M. Alphonse Legros 1837) : mais le maître qui collaborait en 1863 au premier album de la Société des aquafortistes vit depuis de longues années, en Angleterre et a allié dans une âpreté et une tension singulières le génie de deux races. Par la