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LITHOGRAPHES CONTEMPORAINS

a mis tant de poétique tendresse. Il avait porté dans cet art ses procédés techniques originaux. Il enveloppait les formes d’un réseau d’indications courtes 'et, en apparence, indécises par lesquelles il rendait la plastique, sans atténuer le charme et la vie. Désireux d’obtenir ces vibrations exquises dont palpitent ses œuvres peintes, il avait, d’abord, ainsi que Delacroix dans Macbeth , attaqué la pierre avec le grattoir, d’un usage toujours dangereux. Par la suite il cessa de dessiner directement sur la pierre, pour adopter le papier de report ou le papier calque qui lui laissaient une liberté plus grande et qui, appliqués sur des papiers à gros grains, donnaient, sans effort, la palpitation recherchée. Le dessin ainsi exécuté était reporté sur pierre par un praticien, et d’artiste se contentait de faire des retouches quand les épreuves d’essai ne l’avaient pas satisfait de tout point.

Par cet œuvre auquel l’exécution non moins que la pensée confèrent une originalité absolue, la lithographie réintégrait glorieusement le domaine de l’art. Manet, Buhot, M. Legros, faisaient en passant de remarquables essais. Près deFantin, Eugène Carrière (1849-1906) prenait place avec un génie différent et une égale personnalité. Des ténèbres intenses, par un modelé raffiné, tout en nuances, sans le secours d’aucun trait, il faisait surgir, intenses d’expression, les effigies d’ Alp honse Baudet, d’ Edmond de Goncourt (1896), de Verlaine (1897), créant ainsi une formule insoupçonnée avant lui, où nul, après lui, ne saurait s’aventurer à le suivre.

L’originalité, l’accord étroit d’une conception et d’une facture c’est encore la marque de l’œuvre de M. Odilon Redon qui essaye de rendre concrètes des hallucinations et des rêves mystiques; c’est la marque de M. Maurice Denis lorsqu’en des images d’une maladresse voulue, il veut reconquérir l'ingénuité des croyances candides.

Cependant les humoristes se sont rappelés qu’ils eurent jadis une place glorieuse dans ce domaine. Plusieurs d’entre eux sont revenus à la lithographie non, sans doute, pour leur production journalière trop hâtive, mais pour des pages méditées à loisir, tirées avec soin où l’artiste se repose et donne, parfois, le meilleur de lui-même. Willette, poète aux fantaisies fraîches et désinvoltes, artiste incomparable, est un maître lithographe. La verve laborieuse et puissante de M. Léandre est servie par une technique très complexe. L’âpre satire de M. Forain garde sa sécheresse cinglante. M. Steinlen met une science très souple au service de son observation compréhensive.

La lithographie a donc reconquis tout le terrain jadis perdu : la publi-

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