EAU-FORTE ET LITHOGRAPHIE ANGLAISES
Tolède, le Puy, les villes qui, perchées sur des rochers, mêlent à la réalité une grandeur quasi-fantastique.
Cette école si brillante n’a cependant pas tout absorbé. Tandis que Axel Haig, venu de Suède, trace avec une méthode prudente des vues architecturales régulières, d’autres renoncent à T effet cherché par le trait, pour viser à l’ampleur ou à la puissance. Ainsi M. Alfred East qui s’enveloppe dans des brumes, tel surtout M. Franck Brangwyn, le plus audacieux, le plus intense des graveurs contemporains, attaquant des planches d’une dimension inusitée avec une hardiesse que justifie le succès et trouvant, dans les spectacles qu’offrent la vie et l’industrie modernes, à satisfaire un sens très particulier du grandiose et du mystérieux. Les Vieilles maisons à Garni , la Destruction du « Calédonien », la Sortie d un chantier deviennent des poèmes épiques, dont l’exubérance de pensée s’exprime, d’ailleurs, avec une relative simplicité technique.
L’eau-forte anglaise s’est, d’autre part, enrichie d’étrangers établis à Londres et devenus par leur art des Anglais véritables. Non point M. Legros, chez lequel le génie français s’est associé, sans y disparaître, avec des éléments britanniques, mais James Tissot (1836-1902) établi depuis 1873 à Londres et dont tout l’œuvre gravé a été fait en Angleterre à la gloire du paysage et de la société anglaises, avec des nuances de sensibilité, d’effets et de charme qui ne nous permettent pas de le revendiquer. Semblable assimilation s’est produite pour M. Herkomer, né en Allemagne, auteur de pièces habiles destinées un peu trop visiblement au public.
A l’eau-forte originale, Whistler, tout le premier, a ajouté la lithographie b Dessinées d’un trait léger et pâle, indiquant à peine les formes, comme avec la crainte d’en dire toujours trop, les lithographies de Whistler jouissent du même crédit que ses eaux-fortes et sa peinture; les portraits de MM. Rothenstein, ou G. -H. Shannonen reflètent la ténuité et la distinction. Au contraire, M. Albert Belleroche manie le crayon lithographique suivant la belle tradition française et donne un grand charme de coloris à ses portraits délicats (fîg. 167). M. Ernest Jackson travaille en un sens analogue. Le bois, d’autre part, sert souvent, avec le concours de la couleur, aux abréviations vivantes de M. W. Nicholson.
' Introduite en Angleterre dès 1803 par André, la lithographie n’avait joué dans ce pays qu’un rôle très secondaire. Les Vues d’Italie furent publiées en 1818 par Ch. Hullmandel. Owen Joncs publia les dessins de J. Goury ‘ôu.vY Alhumbra en chromolithographie (1836, sqq). La Société d’Arundel a reproduit parle même procédé une suite considérable de chefs-d’œuvre des maîtres anciens.
Si nous ajoutons que d’innombrables images sportives répondent,
Fig. 167. — M. Belleroche. Étude originale.
avec plus ou moins de scrupule esthétique, à une passion nationale, nous aurons donné une partielle idée de l'importance de la gravure en Angleterre .