LA SUISSE. LA BELGIQUE. FÉLICIEN ROPS
HL — D’autres revues seront plus rapides. La Suisse a surtout été entraînée par J’exemple de la France. La plupart de ses graveurs se sont formés et ont vécu près de nous. Elle a produit de remarquables burinistes de traduction : Forster, que nous avons déjà étudié ; Ch. S. Pradier (1786- 1848), le frère du sculpteur; Paul Girardet. Un des bons aquafortistes actuels de reproduction, M. Mathey-Doret, est Suisse.
Pour le bois, M. Frédérick Florian et son fils, M. Ernest Florian, collaborent à la rénovation du livre. M. Paul Vibert entaille le bois au canif.
Dans feau-forte originale se sont distingués Karl Bodmer (1809-1893), aquafortiste, lithographe, illustrateur, chantre des forêts et de leurs hôtes, M. Piguet, très parisien par les scènes qu’il traite1, et M. Yan Muyden.
IY. — En Belgique, Calamatta créa une école de traducteurs qui mania d’abord le burin, avant de lui substituer l’eau-forte, suivant l’évolution générale. Frank (né en 1825), Biot (1833-1905), M. Lenain, M. Danse sont les plus réputés de -ces interprètes.
L’eau-forte originale belge peut citer plusieurs précurseurs. P.J.C. François (1759-1851) et T. Yerbœcklioven (1798-1881), ce dernier depuis 1828, manièrent la pointe, et un très grand nombre d’autres artistes les imitèrent en passant. Le mouvement contemporain commence avec le peintre archéologue H. Leys (1815-1869), dont les eaux-fortes, malheureusement peu nombreuses, contrastent, par leur spontanéité, leur caractère sommaire et vivant, avec la peinture compassée du maître. Si l’eauforte ne fut pour Leys qu’une distraction, elle fut le moyen spécifique d’expression pour Félicien Bops (1821-1898). L’imagination deRops, avec ses préocupations et ses exagérations maladives, lui a trop souvent mérité une réputation de mauvais aloi. Mais, il est dans son œuvre assez de pages dégagées de toute équivoque pour permettre de le regarder comme . un des artistes les plus originaux de notre temps. Apparenté par son esprit à Baudelaire, Rops a traduit une conception très spéciale et fort romantique du rôle satanique de la femme, par des expressions plastiques d’un relief, d’un raccourci, d’une âpreté écrite qui marquent les moindres de ses estampes. Il a été un maître ouvrier. L’eau-forte, l’aquatinte, la pointe sèche, le vernis mou, la gravure en couleurs à plusieurs planches ont été des instruments dont il a possédé les secrets et qu’il a dominés.
1 M. Piguet a tenté la gravure originale en manière noire.
Fig. 168. — Pieler Dupont. Le cheval de labour (réduit). (Avec l’autorisation de la Gazette des Beaux-Arts).
BURINISTES ET AQUAFORTISTES HOLLANDAIS
En 1875, une société internationale d’aquafortistes s’était formée en Belgique, sous sa direction. Elle ne dura que deux années ; depuis, une société nouvelle s’est constituée en 1881 à Anvers, une autre en 1887 à Bruxelles.
AM. Bassenfosse qui peut se réclamer de Bops, la Belgique associe aujourd’hui M. Baertsoen qui demande à l’aquatinte les images les plus colorées, M. de Bruycker, le maître impressionniste Van Rysselberghe, le maître idéaliste Fernand KhnopfF. M. James Ensor traduit, d’un métier très simple et très lucide, des visions complexes issues du rêve ou inspirées par le spectacle des villes.
V. — La Hollande, épuisée par l’intense lloraison du xvne siècle, s’est réveillée de nos jours et manifeste à l’heure actuelle l’activité la plus féconde. La lithographie l’avait secouée de son sommeil. Au milieu du siècle elle nourrissait d’habiles graveurs au burin : Keiser, Lange, Mare ou Laurel. Aujourd’hui elle offre une pléiade d’esprits originaux. M. Pieter Dupont est probablement le seul artiste contemporain qui ait eu le courage de reprendre la technique sévère des maîtres du xvie siècle et de faire, ainsi qu’ Albert Dürer et Lucas de Leyde, des burins originaux. Ce sont des travaux d’une puissance incontestable, modernes éminemment par leur sujet, que le Portrait de M. Steinlen, le Cheval de labour (fig. 168), le Cheval blessé , Y Attelage, la Charrue , mais ils se rattachent étroitement au passé par l’intransigeance du burin qui n’admet pas de partage, et par la volonté de confier toute expression à la seule éloquence des lignes.
Jongkind (1819-1891) fut un des premiers, un des meilleurs collaborateurs de Cadart, jetant sur la planche un réseau léger de lignes dont les caprices apparents concouraient à des notations lumineuses et hardies. M. Josef Isracls, l’illustre chef des peintres hollandais, a témoigné une prédilection ancienne pour l’eau-forte et marqué de sa griffe quelques planches mordues avec une décision presque brutale, griffonnages rapides d’où jaillit la vie ; le Pêcheur , le Fumeur , d’autres pages d’inspiration familière et épique. A. Mauve (j-1888) a gravé quelquefois, et les frères Maris ont fait des essais curieux, qu’ils ne destinaient pas au public.
M. Philippe Zilcken (né en 1857) est plus spécialement un peintre graveur, étudiant avec sobriété, finesse, une sensibilité très personnelle, les paysages de la Hollande, et aussi ceux de Paris, d’Alger et de Venise. M. Bauer dit l’Orient et les mirages des Mille et une nuits avec une légèreté presque impondérable. Il faudrait pouvoir s’arrêter encore près de