L INTAILLE GRECQUE
usage universel ; les lois de Solon visent les faussaires et interdisent à l'artiste de garder l’empreinte des cachets qu’il a vendus.
Vers le vif siècle, l'apparition de la monnaie donne une forte impulsion à la glyptique : les memes artistes exécutent à la fois des cachets et des médailles ; désormais les types monétaires seront fréquemment copiés sur la pierre fine. C'est à ce moment que certains possesseurs de cachets commencent à faire graver leur nom sur leur intaille. Un tel usage était ordinaire en Orient : mais il arrive aussi qu'un artiste signe son œuvre, et cela est un fait tout nouveau, dont l'Orient ne donnait aucun exemple. 11 indique, chez l'artiste, un sentiment de sa valeur, un souci de gloire : il fait deviner l’importance qu’on attachait, autour de lui, à son travail. Quand on lit un nom sur une intaille, on peut se demander si c'est celui de l'auteur ou celui du propriétaire. L’hésitation n'est pas possible lorsque l’artiste a joint à sa signature la mention 4-oUts (a fait). Si le nom est gravé en place apparente et en gros caractères, il y a lieu dépenser qu'il désigne le possesseur : quand il s’ellace et s’associe au sentiment général de l’œuvre, sa discrétion autorise l’hypothèse d’une signature d'artiste.
Au vi° siècle, la Glyptique suit l’essor qui entraîne tous les arts plastiques. Jusqu’alors les graveurs avaient paru étrangers aux elforts et aux préoccupations des sculpteurs: désormais les deux arts se rapprochent: quelques graveurs sculptent à leur heure, quelques sculpteurs s'essayent sur la pierre fine. Le grand centre de l'intaille est alors Samos. Le père de Pythagore, Mnesarchos, est un graveur renommé et Théodoros a gravé 1 intaille dont s’orne le célèbre anneau de Polycrate. Le prince trop heureux a cru détourner la colère divine en jetant dans la mer l'œuvre d'art qu'il aimait : les dieux n’acceptent pas cette expiation : le cachet se retrouve dans le ventre d’un poisson (Hérodote. III. XLI sqq). L'anecdote est significative et de la superstition des Grecs et du prix qu’ils attachaient aune belle gemme. Pline nous montre ( Hist . Nat. XXXVII. 3) le flûtiste Ismenias paraissant en scène tout chargé de bijoux, gemmes et pierreries.
1. La- -figure 174 a été empruntée à une notice consacrée au Cabinet des Médailles dans le volume sur La Bibliothèque Nationale (in-S°, Paris, 1907). Elle a été composée par M. Babelon, le maître des études glyptiques, dont notre notice tout entière est tributaire. Nous lui empruntons également les cléments de la description sommaire suivante :
lre ligne. — Intailles grecques; à droite, Apollon citharéde, œuvre de Pamphilos.
2e ligne. • — [Au centre. Méduse, camée par Diodote] ; à droite et à gauche des intaillesgrecques.
4e ligne. — Deux intailles grecques.
4° ligne. — Intailles grecques et gréco-romaines ; au centre, Julie, fille de Titus par Evodos.
En bas. — Au milieu: intaille carolingienne; à sa gauclie, en bas, François Ie1' par Matteo del Nazarro; en haut, la Victoire de Fontenoy par Jacques Guay, auteur des deux in! ailles de droite : M™ cle Rompadour et sa bile Alexandrine.
Fig. 174. — Intailles grecques, romaines, médiévales et modernes. (Voir l’explication p. 434, note 1.)
436 l’intaille grecque
Au ve siècle la forme en scarabée cesse d’être exclusive : on lui substitue des formes plus libres qui ne laissent pas d’en rappeler le galbe. De nombreux graveurs s’inspirent des cbefs-d’œuvre contemporains de la peinture ou de la statuaire : ils ne cesseront de le faire ; interprétations libres ou copies exactes, leur témoignage permet parfois d’imaginer la splendeur d’originaux disparus. Par là l’étude de la glyptique s’impose à l’archéologue. Indépendamment de ce mérite, les gemmes se recommandent à l’amateur par leur beauté propre. Aucune des intailles taillées pendant les premiers quarts du ve siècle ne présente de signature, mais, à partir du ve siècle finissant, jusqu’à la lin du Ier siècle après Jésus-Christ, les noms d’artistes inscrits sur les gemmes forment une série ininterrompue. Cette liste, malheureusement, ne reproduit pas exactement celles que les écrivains anciens avaient dressées. Les artistes qu’ils ont admirés le plus nous restent inconnus, ou sont à peine représentés et nous admirons, pour des pièces à nos yeux capitales, des graveurs qu’ils ont dédaignés, ou qu’ils n’ont même pas pris la peine de mentionner.
Les cachets signés par Atliénades, Phrygillos, Dexamènos de Chios, Perganos, Ouatas, Pamphilos (fig. 174, lre ligne), Diodote, rivalisent en perfection avec les chefs-d’œuvre de la statuaire. On conçoit du reste qu’à côté des gemmes impeccables, il y ait une profusion de pierres médiocres ou banales. Toutle monde voulait avoir son cachet, et quelques-uns seulement pouvaient payer un artiste célèbre et un travail irréprochable; les pauvres mêmes, ne pouvant acheter des pierres précieuses, avaient du moins un simili-cachet en pâte de verre.
Les pierres permettent de suivre l’évolution du génie grec : elles marquent les efforts de renouvellement, les audaces de la période hellénistique. Les barbares mêmes étaient sensibles au charme de cet art délicat, Mithridate, parmi ses trésors, possédait des intailles innombrables.
L’art grec est demeuré l’apogée de l'intaille, et la supériorité hellénique contestable ou illusoire entant d’autres domaines, n’est, en celui-ci, que trop réelle : l’exemple des Grecs a guidé les artistes ultérieurs; trop souvent aussi ils ont exercé une influence obsédante et entravé toute recherche d’originalité.
III. — Les Etrusques qui, les premiers sur la terre italienne, se servirent de cachets, furent les tributaires des Égyptiens, puis des Grecs; ils achetaient aux Phéniciens des scarabées égyptiens ou des cachets; quand ils produirent eux-mêmes, ils furent des contrefacteurs souvent maladroits
l’intaille a ROME
et inintelligents ; l’Ëtrurie d’ailleurs ne leur offrait pas les gemmes nécessaires, qu'ils demandèrent toujours à l'importation .
A Rome l’intaille fut un objet d’usage universel et nécessaire, bien des siècles avant de prendre un caractère artistique. L'anneau d’or dont s'enorgueillissait le chevalier portait au chaton sa signature ; Hannibal, s’étant emparé du sceau du consul Marcellus, essaya vainement de s’en servir pour surprendre la ville de Salapia (Tite Live, XXVII, 28). On faisait graver d’ordinaire sur son cachet un sujet emblématique ou précis se rattachant aux traditions familiales, aux actes ou aux aspirations personnelles. Sur le cachet de Pompée figurait un lion, sur celui de César, Vénus ; Néron avait Apollon et Marsyas. On redoutait la grenouille de Mécène apposée sur les rôles des impôts. Avec l influence hellénique le sens artistique se développa; des collectionneurs formèrent des cabinets de cachets ou dactyliothèques : Scaurus, beau-fils de Sylla, Jules César, Marcellus donnèrent l’exemple de cette mode. Verrès, en dépouillant les Siciliens, n’avait garde d’oublier les intailles (Cicéron. De Siynis , XXVI). Les cachets romains offrent le plus souvent des portraits; c’est la série la plus nombreuse, la plus belle, la plus importante pour l'histoire (fig. 174, au milieu) ; les sujets mythologiques n’apparaissent que par exception et n'ont qu'un médiocre intérêt ; les sujets de genre, au contraire, sont d'une extrême variété. Peu d’œuvres sont signées. Dioscoride, célébré par Pline ( Hist . Nat., XXXVII. 4) et Suétone ( Vie d Auguste, 2), a survécu par une demi-douzaine de pierres ; une seule intaille nous affirme le génie de Pamphyle.
Dès le il0 siècle après Jésus-Christ commence, pour la glyptique, comme pour tout l’art romain, la décadence : la production, plus intense que jamais, ne livre que des morceaux médiocres. Depuis longtemps des Romains avaient affectionné, sur leurs cachets, des sujets grotesques, animaux ou êtres difformes; ces sujets ou grylles se multiplient au me siècle, et c’est aussi la grande époque des ahraxas, cachets talismans, ornés de signes cabalistiques. Ces talismans sont parvenus jusqu’à nous en nombre énorme, parce que la superstition n’a pas cessé de s’attacher à eux et les a préservés de la destruction.
Les chrétiens ne régénérèrent pas l’art en décadence ; ils se contentèrent de renouveler les sujets et d’adopter, pour leurs cachets, des sujets religieux.
IV. — Lorsque le monde antique s’écroula, les Byzantins, préservèrent