‹ La gravureChapitre 32 sur 278 · MARTIN SCHONGAUER · texte numérisé non relu

MARTIN SCHONGAUER

plus belles pièces sont un hymne à la beauté, où l’on devine à peine l’accent germanique dans sa répugnance pour le nu et dans l’agencement des draperies. Ses estampes, consacrées à Saint Laurent [B. 56], à Saint Etienne [B. 49], à Saint Sébastien [B. 59], ne sont chrétiennes que parle sérieux, ou plutôt le sentiment religieux s’y associe étroitement à l’amour des formes; elles ont une noblesse rare, une distinction qui s’impose. L’ Annonciation, en deux planches [B. 1 et 2], a un charme semblable. Même recherche dans la série minuscule des Apôtres [B. 34-45], si différents de ceux du Maître E.S., et auxquels on pourrait reprocher un peu d’excès dans la poursuite de la finesse et du style. Ce goût d’harmonie préside à de délicates petites pièces : écussons en blanc où l’acheteur faisait dessiner ses armes et que présentent des hommes sauvages, des dames, ou des paysans [B. 96-105].

La prédilection plastique éclate surtout dans les sujets dramatiques; elle prime le drame et ne lui permet de s’exprimer que par gestes arrondis. Ainsi s’ordonne en groupes savants le grand Portement de croix. Bans les différentes reprises de la Crucifixion , l’artiste a visiblement désiré les beaux équilibres : la grande Crucifixion [B. 25], où des anges reçoivent dans des calices le sang précieux, est un chef-d’œuvre d’expression contenue et de nobles balancements. Il n’est pas, dans la Tentation de saint Antoine [B. 47] jusqu’aux démons et aux larves dont la hideur ne s’inscrive dans un élégant ovale, en arabesques mesurées, et c’est sans doute ce caractère qui explique l’admiration que ressentit pour cette estampe Michel-Ange adolescent.

A un seul moment le tempérament germanique a prévalu et Je sentiment l’a emporté sur la ligne, c’est pour décrire les phases de la Passion [B. 7-20]. Cette série, à laquelle répond une suite de tableaux au Musée de Colmar et qui fut, peut-être, peinte avant d’être gravée, a une saveur âcre et forte : nul recul historique, une vision directe, émue tour à tour et violente : grouillement de foule, gesticulation de bourreaux pressés dans des palais étroits et des rues tortueuses; épisodes immenses resserrés, à en éclater, dans l’atmosphère étroite d’une ville gothique (fig. 22).

Pour étranges et déconcevantes que soient, à nos yeux, de telles conceptions, elles se préservent par leur sincérité ; elles sont pleines de ce sentiment concret, positif, qui soutient tout l’œuvre du Maître. C’est d’un regard immédiat qu’il aperçoit, dans la Fuite en Égypte [B. 7], Joseph mangeant les dattes des palmiers ployés, pour lui, par les anges. La suite des Vierges sages [B. 77-81] et plus encore celle des Vierges folles

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