MARTIN SCHONGAUER ET SON INFLUENCE
[B. 82-86] offrent de délicates variations sur des thèmes fournis par la réalité. Pourtant il y a dans l'œuvre de Martin Schôn peu de scènes franchement etcomplètementinspirées de la vie directe ; celles-ci peuvent être datées de la première partie de son activité : une seule est importante, le Départ au marché . 88] : la femme portée sur la jument avec les A olailles qu'elle va vendre, monsieur son fils en croupe, le mari, comme il convient, à pied, l'épée sous le bras, guidant la bête et sa famille. C'est une page unique et ce n'est pas évidemment vers ce côté que Martin Schôn s’orientait. S’il eût vécu, peut-être, se serait-il laissé séduire par les décevants mirages du style.
Il est mort en pleine activité et demeure comme une des plus hautes gloires de l'art germanique. Pour s'élever à la hauteur des Holbein et des Dürer, il lui a manqué des vertus que son temps ne lui permettait pas encore d'acquérir : un sentiment plus large du pittoresque, une liberté plus grande pour exprimer un horizon plus étendu, surtout une conscience plus complexe, une réflexion plus pénétrante, moins de tranquillité, l'inquiétude des problèmes moraux et intellectuels, cette maturité que devait apporter l'humanisme, dont les orgueils et les doutes iront pas traversé son inspiration chrétienne toute unie.
Martin Schongauer exerça une action très étendue ; il fut admiré aux Pays-Bas, en Italie, en France. En Allemagne il eut une légion d'imitateurs. Ceux-ci furent malheureusement presque tous médiocres : ils rendirent hommage, à leur maître en copiant ses œuvres avec plus ou moins de bonheur; hors de sa tutelle, ils ne firent rien que de faible et le métier même s’altéra entre leurs mains. Glockenton fut un artiste timide et assez correct, Wenceslas d'Olmiïtz, esprit subalterne, dénué d'originalité, un passable copiste; le maître B. M. s'inspira de Martin Schôn pour son Jugement de Salomon.
Par contre, un artiste qui produisit très peu, le maître Lez montre une originalité remarquable, en particulier dans un très riche Christ tenté [B. IJ.
Aux confins des Pays-Bas vécurent deux artistes que l'art néerlandais et l'art flamand pourraient également revendiquer, s'ils étaient dignes d'un semblable honneur, Franz von Bocholt et Israël von Meckenen, tous deux dans le sillage de Martin Schôn.
Franz von Bocholt, d'une touche peu déliée, souvent grossière, reprit en variantes multiples des suites d'apôtres ou de saints. Israël von Meckenen, intrépide plagiaire qui signa un nombre énorme de pièces, et tint, sans doute, officine de gravures, mériterait à peine d'être nommé, s'il