ALBERT DURER
s'était greffée sur la prospérité économique : Koburger était un des premiers imprimeurs de l'Europe. C'est dans ce milieu éminemment favorable, où les qualités tranchées et parfois excessives des autres régions germaniques semblaient se combiner dans un harmonieux compromis, qu’ Albert Dürer naquit et se développa.
A. Dürer ne nous appartient pas ici tout entier, mais, si, peintre et dessinateur, il a produit des chefs-d’œuvre , il a trouvé, dans la gravure, l'application la plus complète et la plus constante de son génie. Son •esprit méditatif et systématique, son amour aigu de vérité, de beauté et de vie, son âme et son cœur se sont épanchés plus à leur aise que lorsqu'il maniait le pinceau ou la pointe d'argent. Ce sont ses estampes qui, de son vivant même, ont d'abord répandu son nom à travers l'Allemagne et hors de l'Allemagne même, aux Flandres ou en Italie ; enfin, et ceci aussi mérite d'être relevé, c'est leur vente qui lui a assuré le repos matériel, dans un pays où les Mécènes étaient rares et les commandes de tableaux espacées. Aussi, tandis qu’il a, pendant de longues périodes, délaissé presque absolument la peinture, il n'a, depuis sa jeunesse jusqu'à sa mort, jamais cessé de graver, et l'histoire de sa pensée se reflète dans «es gravures, sans lacune.
Tl a gravé sur métal, il a gravé en bois. Graveur sur cuivre, il était préparé aux difficultés techniques par sa première éducation d'orfèvre; il eut pour le guider ses prédécesseurs allemands, flamands et d'Italie. Martin Schongauer, qu’il ne put saluer dans le voyage qu’il fit en 1492 à Colmar, s’imposa à lui comme à tout son temps; il admira l'œuvre du Maître de 1480 1 et, par lui, comme à travers Martin Schon, il connut le naturalisme flamand. L'Italie exerça sur lui l’attraction invincible que subissaient alors les artistes de toute l'Europe. Il ne se contenta pas de la visiter dès 1494 ; il s’enthousiasma pour Mantegna dont il copia deux estampes. Il se lia avec Jacques de Barbari1 pour lequel il ressentit, quelques années, une admiration dont lui-même plus tard reconnut l'hyperbole, étudia les gravures de son ami et s'en inspira d’une façon non dissimulée. De ces éléments puisés au Nord et au Midi il nourrit un génie personnel et, fort de toute la science de son temps, il porta au suprême degré la technique du burin.
Maître, dès ses premières œuvres, à mesure que les années s’écoulent, il marque avec plus de décisive vigueur le trait qui enveloppe la forme et
Liv. I, chap. IV, p. 28.