DIFFUSION DE L EAU-FORTE
œuvres de Mantegna [B. 47 et 48] aboutit à de lamentables caricatures.
L’eau-forte sur cuivre, déjà annoncée par A. Dürer lui-même, pratiquée exceptionnellement par H. -S. Beham et par Altdorfer, prit conscience de ses destinées avec Hirschvogel et Lautensack. Aug. Hirscbvogel (1503 ?-l 552) personnage inventif, ingénieur, graveur, émailleur, grava de curieuses chasses à Tours [B. 24], au sanglier (1545) [B. 23], mais surtout de jolis paysages, légers, d’une exactitude naïve quasi-japonaise (fig. 35), où le premier en Allemagne — mais après Lucas de Leyde — il se soucia de perspective aérienne. H. S. Lautensack (1524-1563) fit des portraits d’une vigueur intense dans lesquels il associait les deux techniques : gravant au burin la presque totalité de la planche, réservant pour l’eauforte des échappées de perspectives sur la campagne. Surtout, il fit à l’eau-forte pure des paysages, paysages plus riches que ceux de Hirschvogel : vastes panoramas, montagnes couvertes de forêts et de fabriques, villes et villages, avec des lointains vaporeux et légers.
VIII. — Les perfectionnements techniques, en rendant plus varié et plus aisé le travail du graveur, ne servirent pas la cause du grand art. La deuxième partie du xvf siècle offrit une production intense, mais, si cette abondance n’est pas uniquement médiocre, elle témoigne du moins de visées peu élevées. Les artistes se contentèrent de satisfaire une clientèle curieuse de vignettes, de fournir aux orfèvres les modèles que ceuxci leur réclamaient chaque jour ; ils trouvèrent l’application de leur talent dans l’illustration du livre, et ce fut le moment oùles planches sur cuivre commencèrent à se substituer au bois. Nuremberg demeura le centre de ce mouvement; mais les traditions de Dürer étaient presque totalement oubliées : l’italianisme triomphait et il ne demeura du tempérament germanique que des instincts indélébiles. La vogue appartint alors à deux artistes, tous deux grands producteurs, Virgile Solis et Jobst Ammann.
Virgile Solis (1514-1562), dans une épitaphe ambitieuse, nous assure qu’il avait bien mérité par son talent le nom d 'Unique (Solis); il ajoute qu’il mania le burin, la pointe, et dessina pour le bois. Son œuvre est énorme et fort inégal, il tint certainement une officine de gravure. Il produisit, selon le goût de son temps, des vignettes de dimensions minuscules, parfois isolées, le plus souvent formant des suites : scènes tirées de la Bible, les neuf Preux, les Muses, les signes du Zodiaque, les Planètes, les arts libéraux, les tempéraments; d’une façon plus générale, toute idée, toute croyance, tout phénomène susceptibles d’être traduits allégorique-
LES VIGNETTISTES
ment et de préférence par des figures féminines. Quoi encore? des. chasses, des soldats de différentes armes, des troupes en marche, voire des cartes à jouer. En tout cela il déploya, malgré ses défaillances, beaucoup de talent. Il avait montré son savoir-faire dans une grande pièce d’après
Aldegrever : le Bain des anabaptistes [B. 265]; ses vignettes sont d’une facture sèche, mais d’une invention riche, amusante ; il reprend, sans fatigue, vingt fois la même figure, en variant costume, attributs, encadrement; il groupe ses compositions avec sûreté et déploie parfois comme de petits panoramas dans des estampes de forme oblongue, quatre à cinq
Fig. 35. — A. Hirschvogel. Paysage [1545). [B. 68].