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EXAMEN CRITIQUE D’UNE ESTAMPE

neté des cartes gravées, ne témoignent, en aucune manière, que celles-ci aient joué un rôle essentiel dans l’invention de la gravure.

Dans quels pays ont paru les premières gravures ? il est actuellement impossible de le dire. Les Italiens avec l’abbé Zani, les Allemands avec Bartscli et Passavant, plus récemment les Français avec Bouchot ont revendiqué chacun pour leur pays cet honneur. Amour-propre louable qui a excité aux investigations, mais a trop souvent aussi autorisé des déductions spécieuses et partiales.

Les documents sur lesquels s’appuient les discussions se prêtent, par malheur, aux interprétations les plus contraires : pour citer une pièce célèbre, le Saint Christophe de 14%3 a été considéré, tour à tour comme flamand, allemand, ou comme produit de l’école italo-venaissine h

Les esprits non avertis se représentent malaisément combien d’éléments complexes et délicats entrent en ligne de compte dans l’examen critique d’une estampe. Il ne suffit pas pour la définir d’en étudier la valeur artistique et le style. Il faut examiner le papier, dont la fabrication peut décéler la provenance ; ce papier porte, le plus souvent, dans sa pâte, un filigrane, une marque caractéristiques. La composition chimique de l’encre peut être significative. L’œuvre — c’est d’ailleurs l’exception — peut être signée ou porter un signe susceptible d’être interprété pour une signature. Cette signature difficile à déchiffrer servira de base à des hypothèses. Les inscriptions ou légendes, si l’image en présente, seront étudiées pour leur signification, la langue dans laquelle elles sont écrites, la forme matérielle des caractères qui les constituent. Parfois, l’image comporte un écusson, des armoiries qu’il est important d’identifier. Les sujets représentés par l’artiste servent aussi de guides : tel saint a été l’objet d’une vénération particulière dans une région; telle allégorie a été populaire en certaines contrées. Les costumes dont sont habillés les personnages sont l’objet d’une enquête analogue : souvent l’artiste a revêtu tous ses héros du costume que l’on portait autour de lui ; tout au moins a-t-il pu évoquer son époque par quelque détail. La forme d’un bonnet, le profil d’un bouclier datent une pièce. Plusieurs estampes ont été coloriées: le choix dès couleurs, l’importance du bariolage n’ont pas été partout

1 Que l’on compare les attributions proposées par Bouchot pour les incunables de la Bibliothèque Nationale et celles de Schreiber pour les mêmes pièces, on constatera que presque jamais ils ne se trouvent d’accord.

Le Repos dans la fuite en Egypte [S. 637] pièce des plus intéressantes, conservée à Vienne, est, d’après Schreiber, allemande sur un modèle italien, sinon italienne. Bouchot proteste qu’elle n’offre rien absolument d’italien et la croit bourguignonne, de Cluny ou de Saint-Bénigne, d’après un type flamand.

Fig. 3. — Le Saint-Christophe de \ 423 (réduit).

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