LUCA& DE LEYDIG ET DURER
êt, d’autre part, elles se mettent mutuellement en valeur. Voici des compositions infinies : la Conversion de saint Paul (1509) {B. 107], ou YEcce Homo (1510) [B. 71], le Calvaire (1517) [B. 74], spectacles immenses où chaque personnage est presque perdu dans l'ensemble ; voici, en proportions plus réduites, 1 e Retour de T Enfant Prodigue (1510?) [B. 78] si riche de formes, sinon de sens intime (fîg. 38). A présent, ce sont d’autres scènes où l'homme envahit le cadre presqu’àle faire éclater, où il s'impose comme ün siècle plus tard chez Rubens. Rubens ne donnera pas à ses mages une plus théâtrale importance, il n'agencera pas mieux une Adoration (4513) [B. 37]. Même intensité de spectacle dans le Triomphe de Mardoehée (1515) [B. 32] et Esther devant Assuérûs (1518) [B. 31]; David qui joue devant Saül (1513 ?) [B. 27] est un jeune paysan plein de force physique, et la ligure du roi neurasthénique a, nous l'avons déjà dit, une profondeur inaccoutumée chez Lucas de Leyde. La Tentation de saint Antoine (1509), la Tentation du Christ (1518), le Christ et la Madeleine (1519) [B. 77] Joseph et les officiers de Pharaon [B. 23], ont, dans leur développement plus resserré, une même perfection : la mesure y donne l'illusion de l'expression.
Cette période féconde se clôt par une estampe particulièrement célèbre la Madeleine dans le monde , (1519) [B. 122]. Il n'est pas assuré que la princesse auréolée qui s'avance au milieu d'une fête champêtre et que l’on revoit, au fond de l'estampe, poursuivant un cerf, soit vraiment la pécheresse que la foi a sauvée, mais peu importe : la scène est harmonieuse et gaie, elle respire la plénitude d'un génie heureux en pleine possession de ses moyens.
Cependant, en 1520, A. Durer vint à Anvers et les deux artistes échangèrent leurs œuvres. Lucas de Leyde ne se contenta pas d'admirer les estampes de son glorieux rival : il y crut découvrir des secrets d'art qu’il avait ignorés. Sa manière se modifia et l’influence de Durer est très visible sur les travaux qu’il accomplit de cette date à 1527. Il accentua le modelé, chercha des noirs plus profonds, visa à la vigueur ; c’est aussi le moment où il essaya d’associer les travaux à l'eau-forte à ceux du burin. D'autre part, il resserra ses compositions, renonçant à cette sensation d’espace qu’il avait su si bien donner, pour concentrer ses personnages en des cadres étriqués. La Passion [B. 43-56], qu’il grava en 1521, est toute dominée par Durer, et de même Saint Jérôme (1521) [B. 114], Saint.Pierre et saint Paul (1527) [B. 106] pourraient avoir été gravés sous les yeux du maître de Nuremberg.