‹ La gravureChapitre 63 sur 278 · GOLTZIUS · texte numérisé non relu

GOLTZIUS

subsistait, ni matériel, ni moral. La Hollande protestante et républicaine s'opposait désormais aux Flandres catholiques et monarchiques, et les marchands hollandais, rouliers des mers, narguaient les usines flamandes en décadence.

Une scission aussi complète ne pouvait manquer d'avoir sur l'art un énorme retentissement. Unis jusqu’alors par une analogie de génie et de développement qui permet de les confondre, au moins dans une étude sommaire, les deux pays auront désormais des physionomies tranchées. De toute nécessité il faut les considérer chacun séparément.

On pense bien cependant que le schisme artistique ne suivit point immédiatement la division politique. Les artistes hollandais conservèrent longtemps les traditions suivies auparavant par l'ensemble des Pays-Bas, et les graveurs flamands ne se désintéressèrent pas tout de suite de la production de leurs confrères du Nord. Le Hollandais Martin Heemskerk fut un romaniste comme l'étaient Lambert Suavius ou Corneille Matsys, et le nombre énorme de pièces ampoulées, grandiloquentes et sauvages qu'il grava ou fit graver ne se distingue de la production belge que par une verve plus âpre et peut-être aussi par l’inspiration biblique. Cornelis Cort, dont nous avons parlé par ailleurs, et qui eut sur l’école des Carrache une influence technique si essentielle, eût pu être, tout aussi bien, un flamand, et une semblable remarque s’appliquerait à Henri Goltzius (1558-1617).

Celui-là fut, dans toute l'acception du terme, un virtuose. Doué d'une habileté de main extraordinaire, il s'avisa un jour de publier une suite de six planches où il imitait successivement Je style de Raphaël, de Baroche, du Parmesan, de Bassan, de Lucas de Leyde et de Dürer et, si les pastiches italiens offrent un médiocre intérêt, celui de Lucas est fort curieux et la Circoncision selon Dürer est une merveille d’intelligence technique. C'est par cette intelligence que Goltzius nous intéresse. Pour l'inspiration, il ressemble aux pires romanistes. Tours de force de raccourcis, étalages de musculatures, compositions contournées, il a donné, avec véhémence, dans tous ces travers. La plupart de ses compositions sont insupportables, mais le goût qu'il avait pour une belle exécution, goût fortifié par l'étude serrée de Dürer et de Lucas, s'appliqua à dégager du métier peiné, ennuyeux, triste, des praticiens d’Anvers, une manière où l'habileté conquise par de longues traditions s'épanouissait en audace, en liberté, en assurance. Tantôt par des tailles espacées il définissait les formes, d'une écriture sommaire et cursive, et produisait

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