LES FLANDRES
des estampes claires où le papier blanc jouait sous le réseau léger des lignes ténues. Tantôt des travaux serrés, variés, tendent, au contraire, à l’effet, donnent l’impression du relief, obtiennent un éclat parfois métallique. Tantôt enfin ces travaux, multipliés encore davantage, mesurent aux blancs une place parcimonieuse et étendent la gamme des tons, de la lumière vive aux noirs les plus profonds. Ainsi se constitue un art tout extérieur, rhétorique véritable, faite pour séduire ceux-là surtout dont l’œil et le goût ne sont pas très exercés. Pour en apprécier le mérite, sans être gêné par les compositions auxquelles il s’est appliqué, il faut regarderie Porte-enseigne [B. 125], le Capitaine [B. 126], ou plutôt encore les portraits. Quelques-uns d’entre eux sont célèbres : la propre image de Goltzius [B. 172], Y Enfant au chien [B. 190], Znrenns [B. 189] (fig. 40), Par leurs dimensions, leur facture, leurs encadrements, ils ont eu sur le portrait gravé français Line large influence. Goltzius, enfin, a donné de beaux camaïeux d’un large effet décoratif.
C’est seulement après l’étude de ce maître formel, dont l’action fut si étendue, qu’il devient nécessaire de scinder désormais l’histoire des Flandres et celle des Pays-Bas.
IY. — Les deux évolutions ne diffèrent pas uniquement par leurs traits généraux, elles ne reflètent pas seulement les divergences de deux écoles de peinture. Elles se marquent, dans la technique, par la prédominance d’un procédé particulier : le burin dans les Flandres, l’eau-forte dans les Pays-Bas. L’emphase, l’éclat, la vie extérieure et pompeuse de Rubens et de ses disciples se reflètent de préférence dans la taille douce ; l’eau-forte, plus personnelle, plus intime, se plie mieux aux fantaisies individuelles et aux rêves des Hollandais.
On sait comment, aLi début duxvn6 siècle, Rubens, à son retour d’Italie, ressuscita la peinture flamande engourdie dans les travaux exsangues de Martin de Vos et d’Otto Venius. Il entraîna la gravure d’un pareil élan .
Son frère, Philippe Rubens, avait publié en 1608, chez Jan Moretus, l’héritier de Plantin, Lin livre d’archéologie illustré, d’après des monuments antiques, de gravures dont on attribue le dessin à Rubens même et qui furent exécutées par Cornélius Galle. Rubens entra enrelation personnelle avec le célèbre éditeur ; il lui fournit des dessins pour servir d’en-tête aux liv res qu’il éditait, ou pour les illustrer. Cette collaboration dura de longues années ; souvent l’artiste impatient se contenta de jeter sur le