RUBENS ET VORSTERMAN
papier quelques traits que son élève, Érasme Quellin, poussait au point désirable pour la gravure.
L'attention de Rubens se trouva portée ainsi vers l'art du graveur. Il n'en comprit pas la grandeur propre, il ne l'envisagea pas en lui-même comme capable de traduire des pensées originales en un langage particulier. Il ne songea pas à le délivrer des pratiques routinières et des besognes mercantiles où il était enlisé, pour lui restituer la vie et l'indépendance. Homme habile autant que grand homme, il vit dans la gravure un auxiliaire puissant pour répandre sa propre gloire et lui proposa comme objet unique la transcription de ses tableaux.
Il s'adressa d'abord au plus réputé des praticiens de son temps, à Cornélius Galle, pour lequel il professa une estime au moins temporaire, et qui, dès 1610, publia la Grande Judith, la première pièce gravée d'après Rubens. Mais le métier peiné, correct et étriqué de Galle cessa bientôt de satisfaire le peintre,. qui s’adressa successivement à plusieurs élèves de Goltzius, tels J. -A. Mathan ou Jan Muller qui signèrent quelques planches d’après lui. Rubens, cependant, désirait s'attacher un maître qui se consacrerait uniquement à son œuvre. Il obtint, un instant, le concours du Français Michel Lasne, qui le quitta aussitôt, puis il revint aux élèves de Goltzius et s'intéressa à Pierre Soutman, un Hollandais qui publia quinze estampes d’après lui. C’est seulement après ces tâtonnements que se présenta à Rubens l’interprète né, destiné à l'exprimer avec une parfaite intelligence, Lucas Yorsterman.
Vorsterman était Hollandais ; né à Bommel dans les Gueldres en 1595, il n'était plus un écolier ; il avait déjà gravé d'après Goltzius, Elsheimer ou Breughel. Mais il s'imprégna de la pensée de son nouveau maître, suivit avec docilité ses indications et créa, avec son concours, un style nouveau.
On a beaucoup insisté sur cette alliance féconde. Rubens avait installé le graveur dans sa maison d’Anvers. Il éditait, à présent, lui-même, les gravures de ses compositions et avait obtenu en 1620 des privilèges pour la Belgique, la France, et les Pays-Bas même. Il se préoccupait de recruter des auxiliaires à Yorsterman, aiguillait quelques élèves vers la gravure, appelait des graveurs déjà formés. A tous il imprimait sa direction et ne se contentait pas de les entraîner, de les tenir dans l’atmosphère où il rayonnait, il suivait leurs travaux dans le détail et ne les publiait que lorsqu’ils avaient l’heur de lui plaire. Impulsion puissante ; nous en avons un témoignage dans un recueil d’épreuves conservées au Cabinet des
Lucas Yorsterman. L’Adoration des Bergers, d’après Rubens (fragment).