‹ La gravureChapitre 66 sur 278 · RUBENS ET VORSTERMAN · texte numérisé non relu

RUBENS ET VORSTERMAN

estampes et qui portent de nombreuses indications de retouches à exécuter [G c 34 j. rés]. Impulsion décisive : pour rénover la gravure, ne suffisait-il pas de ramener à un but esthétique et vivant, un art qui n'était paralysé que parce qu'il avait perdu toute confiance dans ses destinées?

Pourtant, pour achever une œuvre semblable, ilfallaif, de toute nécessité joindre à l’esprit vivifiant des idées techniques. Or, il n'est pas démontré que Rubens ait personnellement jamais gravé. On lui attribuait autrefois de nombreuses planches ; la critique plus prudente se contente aujourd'hui de dire qu'il n'est pas impossible qu'il ait manié le burin et l'aiguille: peut-être une Sainte Catherine et une esquisse du Buste de Senèque sontelles de sa main; mais ce sont des pièces de faible signification : en tout état de cause, on ne saurait leur attribuer que la valeur d'un divertissement.

En réalité, Rubens a dû se désintéresser du métier de graveur, d’abord parce que ce dernier répugnait, par sa lenteur, à son imagination impatiente, pour laquelle aucun procédé n'était assez rapide, ensuite parce que, soucieux, dans ses compositions, de l’effet et du rendu général, il se contentait facilement pour le détail de l'exécution et ne se souciait pas de cet accent personnel si cher aux Hollandais. Les corrections qu'il a faites de sa main aux épreuves de ses traducteurs ne prouvent pas une compétence ou une préoccupation techniques : par la gouache ou par le bistre, il demande des modifications de ton, mais il n'indique pas au graveur le moyen de les exécuter et, même dans les cas où il multiplie les retouches, il n’incrimine jamais un procédé. Il n’a donc pu agir que du jour où il a rencontré un praticien capable de le comprendre et de le seconder. On s’explique ainsi qu'il ait si longtemps attendu le traducteur qu’il désirait, et l’on est amené à restituer à Lucas Vorsterman sa part propre.

Vorsterman créa la langue que Rubens ne savait pas imaginer luimême. Nourri de la technique de Goltzius, il rompit ce que celle-ci avait de solennel et de monotone, la rendit souple et aisée. Aux longues tailles parallèles, poursuivies avec une fatigante virtuosité, au risque d'accaparer l’attention de l’amateur, il substitua des tailles brèves, irrégulières, entremêlées de points ; des pointillés, ou des tailles plus courtes encore étaient réservés pour les chairs. Il varia son travail pour exprimer les carnations, les étoffes, les fonds, rivalisa avec le flou du pinceau en supprimant parfois le contour, opposa brusquement aux blancs purs les noirs profonds et usa, pour ces derniers, avec ménagement, des tailles croisées dont il redoutait la sécheresse.

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