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LES GRAVEURS DE RUBENS

ou Y Ensevelissement (1628). Il fut surtout incomparable pour rendre les portraits. Le portrait d’ Élisabeth de Bourbon , celui de Rockox , avant tout, celui de Rubens lui-même (fig. 42), sont de magnifiques morceaux. Il ne fut pas moins heureux quand il grava Y Ensevelissement d'après Yan Dyck.

Pour le seconder vinrent de Hollande les deux frères Uytuma, plus connus par leur lieu de naissance, Bolswert. L'aîné, Boèce à Bolswert (1580-1633) ne consacra à Rubens que les dernières années de son activité ; parfois un peu sec et étroit, il fut bien inspiré par le Coup de lance. Son frère, Schelte à Bolswert (1586-1659), plus original, ne grava pas seulement avec succès Y Adoration des Rois ou le Couronnement d’ épines ; il entreprit de rendre les paysages de Rubens et, pour y parvenir, il modifia la technique de Vorsterman, usa de longues tailles parallèles espacées par lesquelles il modelait les plans avec sûreté et signa ainsi d’excellentes images (fig. 43),

Cependant la fécondité inépuisable de Rubens réclamait chaque jour de nouveaux interprètes. Des graveurs s’ajoutèrent à Yorsterman, à Pontius, aux Bolswert; leur envergure était moindre, sans doute, mais l'impulsion était si forte, la sollicitude de l'artiste si vive que les moins doués firent encore de belles estampes. C'étaient : Peter de Jode le jeune (1606- après 1674), très habile praticien que Yan Dyck inspira particulièrement et qui fit, d’après ce maître, la plus savoureuse pièce qu'il ait peutêtre dictée, Renaud et Armide (1644); Jean Witdoeck (1615-1639) dessinateur incorrect, esprit étroit, qui copia pourtant honorablement la Vierge de saint llildefonse ; Marinus Robin (1599-1639), que recommande Saint Franc ois -Xavier ; Jacob Neefs (1610?); d’autres encore.

L'œuvre total de ces artistes constitue un ensemble homogène et imposant. A Anvers, dans cette maison Plantin consacrée à la gloire du xyii6 siècle flamand et à Rubens, les cuivres mêmes exposés, gardent, malgré les tirages multiples qu’ils ont subis, une vaillante allure, témoignage d'un travail probe et sûr. Rarement, pour me servir d’une expression consacrée, qui n'est pas toujours un éloge, on a coupé le cuivre plus proprement. Quant aux estampes, présentées toutes côte à côte, elles se font sans doute quelque tort et provoquent l’impression de monotonie. Elles s’imposent cependant par leur tenue et par le témoignage d’une conscience professionnelle que la certitude du succès n’a pas altérée.

En face de cette phalange illustre, un artiste, Christophe de Jeglier ( ? -1652?) occupe une place originale. Il entreprit de traduire les dessins

l’eau- FORTE FLAMANDE

de Rubens en bois. Il appliqua à cet objet les traditions techniques renouvelées par Goltzius, mais qu’il élabora à son tour. Prenant son parti des conditions inéluctables du procédé, il simplifia résolument son dessin; pour échapper à l’aspect fruste, sauvage, dont le style de Rubens ne se serait pas accommodé, il donna aux tailles des épaisseurs systématiques, et le trait prit l’aspect d’un ruban plus ou moins large, mais très régu-

lier. Véritable artiste, établissant lui-même son dessin, il produisit des pages savoureuses, à son aise surtout pour traduire la force et l’outrance. Malgré le succès de sa tentative, il ne rencontra pas d’imitateur.

V. L’eau-forte, avec ses surprises, son accent incisif, aurait trahi l’assurance un peu lâche du pinceau de Rubens, elle ne joua, auprès de ses interprètes, qu’un rôle négligeable1. Elle ne fut pourtant pas absolument délaissée dans les Flandres et eut une heure glorieuse.

Deux élèves de Rubens la pratiquèrent. L’un d’eux, Théodor von Thulden (1607-1676?) l’employa en aveugle, sans en entrevoir même les

1 Pourtant Richard van Orley a rendu à l’eau-forte, d'une façon très intéressante, La chute des Titans.

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