VAN DYCK
ressources. Cornelis Schut (1597-1655), par contre, s’assimila les procédés de l’eau-forte italienne, telle que la pratiquaient Parmesan et le Guide et en fît un usage parfois charmant. Son œuvre est énorme et a d’ordinaire rebuté par sa surabondance. On y trouve de grandes pages presque toutes fastidieuses, un véritable fatras. Cinquante fois, il a griffonné la Vierge et l'Enfant ou le Bambino seul et, sur ces cinquante pièces toutes minuscules, les trois quarts ne se peuvent regarder ; mais il en est une ou deux qui sont exquises. De même, il a fait d’assez plates mythologies, mais il est telle Diane , tel groupe de Satyres et Naïade dont la grâce pressent le xvme siècle (fîg. 44). C’est un graveur d’anthologie, il faut le laisser dans l’oubli presque tout entier, mais il mérite de survivre pour quelques heures d’inspiration exceptionnelles.
Parallèlement à ces maîtres, Lucas van Uden (1597-1655) essaya en des eaux-fortes remarquables d’appliquer au paysage national les leçonspuisées en Italie. Les paysages qu’il grava d’après Titien [B. 51-55] et d’après Rubens [B. 56-59] soulignent le sens de son effort. Il représente des sites flamands, il les anime d’épisodes heureux : troupeau paissant, charrette embourbée [B. 48], mais il faut encore que les lignes générales restent solennelles et un arbre de haute taille domine de son panache la plupart de ses eaux-fortes. Sa pointe est rapide, un peu sèche, sans nulle recherche d’efïet.
Tout cela demeure, en somme, assez négligeable, et l’histoire de l’eauforte dans les Flandres serait vite écrite, même en y joignant quelques estampes attribuées à Téniers, si Yan Dyck ne s’était, quelque jour, avisé de manier la pointe. En cet essai, il déploya tout son génie et les trop rares pages qu’il a gravées le placent au rang des plus illustres aquafortistes.
Deux fois seulement il a pratiqué l’eau-forte avec le désir de tirer du procédé son maximum d’effet. Le Titien et sa maîtresse , le Christ au roseau manifestent la volonté d’obtenir des noirs et des blancs tout ce qu’ils peuvent donner d’intensité ou de douceur. Un tel effort, était,, semble-t-il, nouveau et l’on était accoutumé dans les Flandres, à réserver pour le burin de semblables exigences. Le Titien et sa maîtresse , portrait composé et imaginé, est très intéressant de technique, mais la pensée de l’artiste y paraît contrainte. Le Christ au roseau est, par contre, un piir chef-d’œuvre (fîg. 45). Tout le pathétique de Yan Dyck, la distinction intime de son imagination, la noblesse aisée de sa pensée éclatent en cette composition dramatique; la douleur résignée et sereine du Christ s’v oppose à